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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2309637

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309637

vendredi 4 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBROSSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 17 et 18 juillet 2023, la commune d'Anthony, représentée par la SELARL Cabinet Cabanes Avocats, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la société Pierre Promotion de remettre en l'état la parcelle CM n° 5 sise 191 bis-193 rue des Rabats à Anthony, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre à la société Pierre Promotion de cesser l'occupation irrégulière de cette parcelle, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) d'ordonner, à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, l'expulsion, avec le concours de la force publique si nécessaire, de la société Pierre Promotion du terrain qu'elle occupe irrégulièrement ;

4) de mettre à la charge de la société Pierre Promotion la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour connaître de la présente demande, dès lors que la parcelle en cause appartient à son domaine public ;

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la société Pierre Promotion occupe la parcelle en cause sans droit ni titre depuis le 1er juillet 2023, que cette occupation méconnaît les stipulations de la convention d'occupation conclue le 12 juillet 2023, qu'elle a causé des dommages et se révèle dangereuse, qu'elle compromet la continuité et le bon fonctionnement du service public de restauration collective auquel le site est affecté ;

- la mesure sollicitée est utile ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la société Pierre Promotion n'a jamais contesté que, depuis le 1er juillet 2023, elle ne détient plus aucun titre l'habilitant à occuper le domaine public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2023, la société Pierre Promotion, représentée par Me Brosset conclut au rejet des conclusions de la requête, et à ce que soit mise à la charge de la Commune d'Anthony la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande d'expulsion est dépourvue d'objet dès lors qu'elle a procédé à l'enlèvement des matériels et matériaux entreposés sur la parcelle litigieuse ;

- elle n'a pas été en mesure de respecter les autres engagements prévus par la convention d'occupation, dès lors que la commune d'Anthony lui refuse l'accès au terrain depuis le 17 juillet 2023 ; la demande de la collectivité publique se heurte donc à une contestation sérieuse.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 31 juillet 2023, la commune d'Anthony persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens.

Elle soutient, en outre, qu'en dépit de l'enlèvement des matériaux, la société Pierre Promotion continue d'occuper la parcelle où sont toujours présentes des canalisations irrégulièrement implantées et où circulent des ouvriers du chantier. De plus, contrairement aux engagements souscrits par la société, aucun arbre n'a été replanté devant la maison verte, le nivellement à côté de la maison verte n'a pas été effectué, le quai devant la cuisine centrale ainsi que l'arrière-cour n'ont pas été nettoyés, aucune clôture n'a été installée entre la maison verte et la propriété de Pierre Promotion, A cet égard et contrairement à ce qui est soutenu, il était loisible à la société de procéder à la remise en état des lieux prescrite par l'article 11 de la convention d'occupation.

Par un nouveau mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, la société Pierre Promotion persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens.

Elle soutient, en outre, les canalisations dont fait état la commune ne sont pas situées sur le domaine public ; par ailleurs, la commune a elle-même retardé la mise en œuvre des travaux qu'elle a demandés, en particulier en ce qui concerne les dispositifs anti-bruit ; enfin, alors qu'elle a procédé à l'abattage des arbres conformément à la convention d'occupation, la présente saison n'est pas propice à la plantation convenue mais elle s'engage à la réaliser à l'automne 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 1er août 2023 à 14 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Huon, juge des référés ;

- les observations de Me Dreyfus, représentant la commune d'Anthony qui persiste dans ses conclusions par les même moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Anthony (92), est propriétaire de la parcelle CM n°5 sise 191 bis-193 rue des Rabats, qui appartient à son domaine public communal. Le 12 juillet 2023, la commune a conclu avec la société Pierre Promotion une convention d'occupation de cette parcelle, pour une emprise d'environ 200m², pour la période allant du 20 mars 2023 au 30 juin 2023. Aux termes d'un procès-verbal en date du 12 juillet 2023, la police municipale d'Anthony a constaté que la société Pierre Promotion continuait d'occuper la parcelle en cause. Par la présente requête, la commune d'Anthony demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la société Pierre Promotion de remettre en état la parcelle sise 191 bis-193 rue des Rabats à Anthony et de cesser de l'occuper irrégulièrement, ainsi que d'ordonner l'expulsion de la société occupant cette parcelle sans droit ni titre.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est constant que la société Pierre Promotion a procédé à l'enlèvement de tous les matériels et matériaux qu'elle avait entreposés sur la parcelle en litige. Dans cette mesure, les conclusions de la commune d'Anthony sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions à fin d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, dont l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public d'une personne publique () est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". Aux termes de l'article L. 2122-1 du même code : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ".

5. En premier lieu, il n'est pas contesté que la parcelle CM n°5 sise 191 bis-193 rue des Rabats, qui, abritant le service public de restauration collective de la commune d'Antony appartient au domaine public de cette commune. Il n'est pas davantage contesté que, si la société Pierre Promotion a été autorisée à occuper une fraction de cette parcelle afin d'y implanter des installations de chantier afférentes aux travaux de construction entrepris sur la parcelle voisine sise 195-199 rue des Rabats, cette autorisation a pris fin le 30 juin 2023 sans que la société n'en sollicite le renouvellement. Il n'est pas non plus contesté qu'il incombait à la société, à l'expiration de la convention d'occupation provisoire, et notamment en vertu des articles 7 et 11 de ladite convention, de restituer le terrain vidé de tout mobilier et tout déchet, d'enlever toutes installations et de remettre les lieux dans leur état primitif.

6. Il résulte de l'instruction que la société Pierre Promotion n'a pas entièrement évacué les lieux en ce qu'y subsistent des canalisations occasionnant des débordements d'eau dont la société n'établit pas qu'elles n'empièteraient pas sur la parcelle en cause alors que leur installation a été précisément autorisée par les articles 2 et 3 de la convention d'occupation. Par ailleurs, il n'est pas sérieusement contesté, ainsi qu'il ressort des photographies produites par la commune, que les espaces précédemment occupés par les matériels et matériaux de chantier, et en particulier, le quai devant la cuisine centrale et l'arrière-cour, n'ont pas été nettoyés. A cet égard, si la société Pierre Promotion soutient qu'elle n'a pu respecter tous ses engagements en raison du refus de la commune d'Anthony de lui laisser accéder au terrain, cette allégation n'est assortie d'aucun commencement de preuve, d'autant qu'il est évident qu'elle a disposé d'un tel accès pour évacuer les matériels de chantier et qu'il n'est pas contesté, ainsi que le fait valoir la collectivité requérante dans le dernier état de ses écritures, que des ouvriers du chantier de construction continuent de circuler sur le terrain communal. En conséquence, et dès lors que cette mesure ne peut être regardée comme se heurtant à une contestation sérieuse et qu'elle présente, compte tenu de la nécessité d'assurer normalement le bon fonctionnement du service public de restauration collective, il y a lieu d'enjoindre à la société Pierre Promotion de procéder, sous quinze jours à l'évacuation des canalisations de chantier encore présentes sur le site et au nettoyage complet des emplacements qui lui avaient été concédés. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 200 euros par jour de retard.

7. En revanche, la commune d'Anthony n'établit pas que la réalisation des autres engagements souscrits par la société Pierre Promotion et qui ne sont pas directement liés à l'occupation irrégulière du domaine public, à savoir le nivellement du terrain devant le bâtiment dénommé " la maison verte " et la plantation d'un arbre devant ce même bâtiment ainsi que la réalisation d'un mur anti-bruit et d'une clôture, présenterait, au regard des conditions de fonctionnement du service un caractère d'urgence justifiant l'intervention, à bref délai, d'une mesure conservatoire. Le surplus de la demande de la commune ne peut, par suite, qu'être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

8. Pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de laisser à chacune des parties la charge des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de la commune d'Anthony en ce qu'elle concerne l'évacuation des matériels et matériaux de chantier de la société Pierre Promotion.

Article 2r : Il est enjoint à la société Pierre Promotion, ainsi qu'à tous occupants de son chef, d'achever l'évacuation de l'emplacement qu'elle occupe sans autorisation sur la parcelle cadastrée CM n°5 sise 191 bis-193 rue des Rabats à Anthony (92), en démontant les canalisations qui s'y trouvent et en procédant au nettoyage complet des emplacements qui lui avaient été concédés, dans un délai de quinze jours à compter de la notification qui lui sera faite par tout moyen de la présente ordonnance et, ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Article 3 : Faute pour la société Pierre Promotion de libérer les lieux qu'elle occupe dans les conditions définies à l'article 1er, la commune d'Anthony pourra requérir le concours de la force publique pour procéder à son expulsion définitive et au démontage des installations qui demeureraient sur le site.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par la commune d'Anthony et les conclusions présentées par la société Pierre Promotion sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune d'Anthony et à la société Pierre Promotion.

Copie en sera adressée pour information au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait, à Cergy, le 4 août 2023.

Le juge des référés,

Signé

C. Huon

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2309637

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