Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309722

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine refusait de renouveler la carte de séjour pluriannuelle de Mme A épouse B, ressortissante sénégalaise. La juridiction a estimé que ce refus portait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la présence régulière de l'intéressée en France depuis neuf ans, de son mariage et de ses trois enfants nés en France. Le tribunal a notamment écarté l'argument de menace à l'ordre public, le seul signalement pour violences sur mineur n'ayant donné lieu à aucune poursuite et la situation familiale étant désormais stable et apaisée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 17 juillet 2023 et 24 septembre 2024, Mme C A épouse B, représentée par Me Chayé, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte en l'absence de délégation de signature ;

-il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;

- il est entaché d'une méconnaissance des dispositions des articles L. 432-4 et L. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'un défaut de base légale dès lors que sa situation n'est pas régie par ces dispositions ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine, confirme sa décision.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Debourg, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse B, ressortissante sénégalaise née le 13 février 1986 à Gollere Nanaye, est entrée en France le 5 décembre 2014 dans le cadre d'un regroupement familial. Le 24 août 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour de qualité de " conjoint au titre du groupement familial " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle. Par sa requête, Mme A épouse B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Le bureau d'aide juridictionnelle ayant admis l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B est présente en situation régulière sur le territoire français depuis 2014, soit depuis plus de neuf ans à la date de la décision litigieuse. Elle est mariée avec un compatriote en situation régulière avec lequel elle a eu trois enfants nés en France en 2015, 2016 et 2017. S'il est constant que l'intéressée a fait l'objet d'un signalement le 20 février 2020 pour " violence sans incapacité sur un mineur de 15 ans par ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime ", il ressort d'une part du certificat médical rédigé par son psychiatre le 4 avril 2023 que ces faits sont survenus dans un contexte de pathologie psychiatrique désormais prise en charge. D'autre part, il ressort du jugement en assistance éducative du 27 mars 2023 que la mesure éducative mise en place a été levée et " qu'au terme de cette année d'accompagnement éducatif, le service relève que les enfants évoluent de manière parfaitement satisfaisante dans un environnement familial aimant, apaisé et harmonieux. Le couple parental est attentif aux besoins des enfants et sait y répondre sans difficulté. Mme B observe scrupuleusement son traitement () ". Au surplus, ce seul signalement, qui n'a donné lieu à aucune poursuite et n'a été suivi que d'une mesure d'assistance éducative n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, au regard de l'intérêt de sa présence en France pour sa famille et de la stabilité et de l'intensité de ses liens sur le territoire français, Mme A épouse B est fondée à soutenir que la décision attaquée, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard au but poursuivi et a ainsi méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A épouse B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme A épouse B une carte de séjour pluriannuelle dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat à verser à Me Chayé au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 21 mars 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, de délivrer à Mme A épouse B, une carte de séjour pluriannuelle dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Chayé au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Fabas, conseillère ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°230972