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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2309741

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309741

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 18 juillet 2023 enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le magistrat délégué du tribunal administratif de Caen a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A C.

Par cette requête, enregistrée le 7 mars 2023 au greffe du tribunal administratif de Caen, et un mémoire, enregistré le 12 septembre 2023, M. A C, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 27 octobre 2022 par laquelle le directeur territorial de Cergy de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ainsi que la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire déposé le 9 novembre 2022 ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de manière rétroactive à compter de la date du 27 octobre 2022, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, et ce dans un délai de cinq jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle de lui verser directement cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit, le directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration s'étant cru en compétence liée ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait quant à sa date d'entrée en France ;

- elles méconnaissent l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'entretien personnel et d'examen de sa vulnérabilité ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L.550-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive du 26 juin 2013 et sont entachées d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant afghan né le 19 juin 2001, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 27 octobre 2022 en procédure dite " Dublin ". Par une décision du 27 octobre 2022, le directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Son recours administratif préalable obligatoire déposé le 9 novembre 2022 a été rejeté par une décision implicite. M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision de rejet de son recours administratif préalable obligatoire qui s'est substituée à la décision de refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du 27 octobre 2022.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, l'admission provisoire de M. A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision contestée vise les dispositions de l'article L. 551-1 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivants son entrée en France. Dès lors, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait alors que l'exigence de motivation n'implique pas qu'elle mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation du requérant. En outre, le caractère suffisant de la motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs retenus par l'autorité administrative et des éventuelles erreurs qu'elle pourrait contenir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée telle que rappelée au point n°3 ni des autres pièces du dossier et notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité que le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration se soit cru en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au motif que le directeur de l'OFII se serait cru en situation de compétence liée n'est pas fondé et doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. A C soutient qu'il est entré en France le 6 octobre 2022 et non le 21 avril 2021 qui est la date mentionnée sur le recueil de la préfecture, et sur la fiche d'évaluation de vulnérabilité qui serait due à une erreur de traduction. Le directeur de l'OFII quant à lui verse aux débats un extrait du recueil de la préfecture qui fait état d'une entrée en France le 21 avril 2021, la fiche d'évaluation de vulnérabilité qui mentionne la même date et qui est signée par l'intéressé et l'attestation sur l'honneur du requérant certifiant l'exactitude des informations communiquées lors de son entretien avec l'agent de l'OFII. En se bornant à produire un billet de train Marseille Paris, daté du 6 octobre 2022, M. C n'apporte pas de pièces de nature à invalider ses propres déclarations initiales lors de l'enregistrement de sa demande d'asile et doit être regardé comme étant entré en France le 21 avril 2021. Dans ces conditions, le moyen de M. C tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa date d'arrivée en France doit être écarté. Ainsi, le 27 octobre 2022, sa demande d'asile a été présentée plus de 90 jours après son entrée sur le territoire national. Par suite, le directeur de l'OFII a pu à bon droit refuser les conditions matérielles d'accueil sur ce motif.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 522-1, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation sur l'honneur et de la fiche d'évaluation de vulnérabilité signées par le requérant transmises par le directeur général de l'OFII à l'appui de ses écritures, que le requérant a certifié avoir été évalué par un agent de l'OFII, dans une langue qu'il comprend et avec le concours d'un interprète et qu'ainsi un entretien s'est tenu lorsque sa demande d'asile a été enregistrée en guichet unique en vue de l'évaluation de sa vulnérabilité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 522-1 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII de Cergy n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. C avant d'édicter la décision attaquée.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A C doivent être rejetés, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. A C est admis, à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière

N° 23009741

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