Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309804
mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2309804 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER |
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2309804, le 19 juillet 2023, M. G, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé d'admettre son épouse et ses deux enfants au bénéfice du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au préfet à titre principal, d'autoriser le regroupement familial demandé dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside régulièrement en France depuis 2013, qu'il est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, est locataire d'un appartement de plus de 59 m² et perçoit des ressources suffisantes ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations.
II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2311909, le 29 août 2023, M. G, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 23 août 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé d'admettre son épouse et ses deux enfants au bénéfice du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au préfet d'autoriser le regroupement familial demandé dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée est signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît la force obligatoire attachée à l'ordonnance du 4 août 2023 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
III. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2317116, le 21 décembre 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 25 mars 2014 qui n'a pas été communiqué, M. G, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 7 novembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé d'admettre son épouse et ses deux enfants au bénéfice du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au préfet à titre principal, d'autoriser le regroupement familial demandé dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire, de réexaminer la demande dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée est signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît la force obligatoire attachée à l'ordonnance du 26 septembre 2023 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait ;
- elle méconnait les stipulations des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, rapporteure,
- et les observations de Me Hug, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 14 février 1981, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 5 juillet 2025, a présenté le 6 décembre 2021 une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants nés les 3 juillet 2015 et 24 août 2020, qui a été enregistrée le 12 octobre 2022. Le silence gardé par le préfet sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet dont l'intéressé demande l'annulation dans la requête n°°2309804 et qui a été suspendue par le juge des référés par une ordonnance du 4 août 2023. Par une décision explicite du 23 août 2023, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet, dont l'intéressé demande l'annulation dans sa requête n°°2311909 et qui a été suspendue par le juge des référés par une ordonnance du 26 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande. Par une décision du 7 novembre 2023 dont l'intéressé demande l'annulation dans sa requête n°°2317116 et qui a été suspendue par le juge des référés par une ordonnance du 30 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande.
2. Les requêtes susvisées n°°2309804, 2311909 et 2317116 concernent le même requérant, présentent les mêmes conclusions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la légalité des décisions contestées :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et quelle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Si l'autorité administrative peut légalement rejeter une demande de regroupement familial, notamment dans le cas de ressources insuffisantes du demandeur ou de l'absence de logement adapté, elle ne peut le faire qu'après avoir vérifié que, ce faisant, elle ne porte pas une atteinte excessive au droit du demandeur au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. M. A justifie par la production d'un acte de mariage établi le 9 février 2018, avoir épousé le 12 septembre 2014 Mme D C, et de la naissance de ses fils les 3 juillet 2015 et 24 août 2000 ainsi que de l'envoi régulier de sommes d'argent à son épouse notamment en octobre et novembre 2018, en août, septembre, octobre et novembre 2019, en mai et novembre 2021, en janvier et septembre 2022 et en juillet 2023, établissant ainsi qu'il contribue à leur entretien. Il ressort également des pièces du dossier que M. A, réside sur le territoire français depuis 2013 et qu'il a entamé des démarches pour bénéficier du regroupement familial depuis mars 2019. Si l'intéressé a pu rendre visite aux membres de sa famille, installés au Pakistan, jusqu'en janvier 2022, il ressort des éléments médicaux produits par l'intéressé qu'il souffre depuis l'année 2022 d'une pathologie grave, pour laquelle il a été placé en arrêt de travail pour affection de longue durée et qui l'empêche de rendre visite à ses proches dans son pays d'origine. Il établit également par un certificat médical du 6 juillet 2023 son besoin de soins très réguliers au sein de l'hôpital Saint-Louis, et la nécessité de la présence de son épouse à ses côtés dans ce contexte difficile, compte tenu de sa très grave maladie dont il apporte la preuve par des pièces médicales notamment du 8 mars 2022. Titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2025 et d'un contrat à durée indéterminée en tant qu'électricien, il remplissait les conditions de ressources à la date du 6 décembre 2021, date de dépôt de sa demande initiale. Par suite et malgré l'insuffisance des revenus de M. A, appréciés au regard de l'article L. 437-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, eu égard à l'ensemble des circonstances particulières de l'espèce, ces décisions successives de rejet de sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux fils ont méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision des 23 août 2023 qui s'est substituée à la décision implicite de rejet de sa demande du 6 décembre 2021 et, d'autre part, de la décision du 7 novembre 2023 du préfet du Val-d'Oise.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard à ses motifs et en l'absence d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait propres à la présente espèce invoqué par l'autorité préfectorale, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit fait droit à la demande de regroupement familial de M. A. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'autoriser le regroupement familial au bénéfice de son épouse Mme C D née le 9 janvier 1984 et de ses deux fils M. E H A né le 3 juillet 2015 et M. E I A né le 24 août 2020, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions des 23 août et 7 novembre 2023 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé d'admettre l'épouse de M. A et ses deux fils au bénéfice du regroupement familial sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise d'autoriser le regroupement familial au bénéfice de l'épouse de M. A, Mme C D et de ses deux fils M. E H A et M. E I A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val- d'Oise.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
La rapporteure,
signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2309804-2311909-2317116
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