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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2309881

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309881

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309881
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre
Avocat requérantRAPOPORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrés le 20 juillet 2023 et le 26 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Rapoport, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, a édicté à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ou, à défaut, d'annuler la seule décision obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision en litige est insuffisamment motivée et atteste d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis de la commission du titre de séjour aurait dû être recueilli préalablement à son édiction ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces utiles au dossier.

Par une ordonnance en date du 12 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dupin, rapporteur,

- les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public,

- et les observations de Me Rapoport, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 2 novembre 1988, est entré sur le territoire français le 15 mai 2013, selon ses déclarations, démuni de tout visa. Par une demande en date du 16 mars 2021, il a sollicité auprès du préfet du Val-d'Oise un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 (). ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. D'une part, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet du Val-d'Oise fait valoir que la plateforme interrégionale de l'emploi de la main d'œuvre étrangère a émis un avis défavorable à la demande introduite par l'intéressé, au motif que son employeur n'aurait pas donné suite à la demande de pièces complémentaires qui lui a été adressée. Toutefois, l'intéressé produit à l'instance une attestation de M. C D, employeur de M. A au sein du restaurant Raj Mahal, géré par la société S3N, affirmant qu'il n'a pas été contacté par l'administration afin de fournir des pièces complémentaires nécessaires à l'instruction du dossier de son employé. Si le préfet du Val-d'Oise produit à l'instance une attestation contraire émanant de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère, il ne produit pas les courriels allégués attestant de cette prise de contact avec l'employeur du requérant.

5. D'autre part, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A a conclu un contrat de travail à durée indéterminé avec la société "S3N" le 25 octobre 2017, et qu'il a travaillé de manière continue pour cette société depuis octobre 2017, durée qui n'est au reste pas contestée par le préfet du Val-d'Oise dans l'arrêté en litige, et comme en atteste les 35 bulletins de salaires produits, soit pour une durée de près de six ans à la date de la décision attaquée. Ces éléments permettent d'établir la réalité et l'ancienneté de l'exercice par l'intéressé d'une activité professionnelle. Par suite, l'intéressé est fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant qu'il ne justifiait pas de motifs exceptionnels d'admission au séjour et en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen qui en est tiré doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé un titre de séjour, a édicté à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête doivent donc être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Le présent jugement, qui annule l'arrêté en litige, implique nécessairement, eu égard au motif de cette annulation, que le préfet du Val-d'Oise, ou le préfet territorialement compétent, et sous réserve de modifications dans les circonstances de droit comme de fait, délivre à M. A un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement à M. A de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 21 juin 2023 du préfet du Val-d'Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " salarié ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

Le rapporteur,

signé

F. DUPIN

Le président,

signé

S. OUILLONLa greffière,

signé

M-J. AMBROISE

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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