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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2310036

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310036

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantUGGC AVOCATS PARIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juillet 2023 et un mémoire en date du 5 janvier 2024 sous le n° 2310036, Mme E B et M. F H, représentés par Me Azoulay, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions dans lesquelles leur enfant de quatre mois été prise en charge par l'hôpital Rivers de Seine à Neuilly sur Seine (92200) le 19 mars 2022 pour un scanner cervical ;

2°) de réserver les dépens.

Ils soutiennent que :

- leur fille de 4 mois a subi une extravasation complète du produit de contraste alors qu'elle devait passer un scanner cervical ;

- cette carence dans l'assistance médicale de l'unité de soin a provoqué de nombreux préjudice à leur fille de quatre mois an lors de la réalisation d'un acte individuel de diagnostic avec notamment la conservation de cicatrices sur les membres supérieurs droit et une entrave dans le mouvement du poignet droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2023, l'office national d'Indemnisation des accidents médicaux représenté Me Welsch ne s'oppose pas à la mesure d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclue à ce que la mission de l'expert soit complétée.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 décembre 2023, le centre hospitalier Rives de Seine, représenté par Me Boileau, n'entend pas s'opposer à la demande d'expertise mais formule les protestations et réserves d'usage et conclut :

1°) à ce que la mission soit complétée ;

2°) à ce qu'il soit enjoint à l'expert le dépôt d'un pré-rapport ;

3°) à ce qu'il soit enjoint à l'expert la détermination des débours et frais médicaux en relation directe avec l'éventuel manquement et ne pourra convoquer aux opérations d'expertise qu'après avoir accusé réception du relevé des organismes sociaux diffusés contradictoirement ;

4°) à ce que l'allocation provisionnelle de l'expert soit mise à la charge de la requérante.

5°) à ce que les dépens soient réservés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Aux termes de l'article R. 532-5 de ce code : " Les dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9, sont applicables aux référés mentionnés à l'article R. 532-1, sous réserve des dispositions du présent chapitre. () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de cette disposition doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. De même, le juge des référés ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et un ouvrage public dépendant de cette personne.

3. Il résulte de l'instruction que suite à des épisodes de vomissements sans fièvre associés à un torticolis avec inclinaison de la tête vers la gauche de leur enfant née le 24 novembre 2021, Mme B et M. H ont consulté aux urgences de l'hôpital Rives de Seine à Neuilly-sur-Seine (92240) le 19 mars 2022. Un avis téléphonique a été pris auprès d'un chirurgien ORL de l'hôpital Necker, dont le nom n'est pas connu, qui a retenu la nécessité d'effectuer un scanner cervical avec injection malgré l'opposition d'un pédiatre. Le docteur A, radiologue a donné son accord pour réaliser l'examen tout en étant pas présent sur place. La patiente a été reçu en service de radiologie, et a dû subir la pose de deux voies veineuses par le pédiatre référent et une manipulatrice et une extravasation complète du produit de contraste au niveau du membre supérieur droit sans alerte de la part de l'injecteur automatique. Ramenée aux urgences après un glaçage local, l'enfant a été de nouveau examinée sans la présence d'un anesthésiste et s'est vue administrée plusieurs massages pour faire ressortir le produit de contraste avec application de diverses crèmes antalgiques. L'enfant a été transféré par la suite au service de réanimation chirurgicale de l'hôpital Necker.

4. Mme B et M. H ont saisi leur assurance qui a confié au docteur C, sapiteur radiologiste une mission d'expertise amiable. Dans un rapport en date du 23 novembre 2022, le docteur C, après avoir décrit l'état antérieur, recueilli les doléances, procédé à l'examen clinique de la patiente et donné un avis sur les traitements prodigués, a conclu à la mise en cause de la qualité des soins lors de la prise en charge à l'hôpital Rives sur Seine et à la non consolidation médico-légale nécessaire pour déterminer les postes de préjudices.

5. Par suite, l'expertise demandée par Mme B et M. H présente un caractère utile, et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à leur demande, de désigner un expert en pédiatrie et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le dépôt d'un rapport :

6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de Mme B et M. H tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicable aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la demande d'injonction :

7. Les conclusions relatives à la production par la caisse primaire d'assurance maladie de sa créance définitive et des justificatifs de celle-ci à l'expert judiciaire, doivent, en l'état du dossier, être rejetées. Il appartiendra, en effet, à l'expert désigné, au cours de l'expertise, dans le cadre des pouvoirs de direction des opérations d'expertise qui lui sont conférés, de se faire communiquer par les parties tous documents nécessaires à sa mission et notamment à l'évaluation des préjudices.

Sur les dépens :

8. Aux termes de l'article R.761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ". Dès lors, il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur les conclusions tendant à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge Mme B et M. H ou que les dépens soient réservés.

O R D O N N E :

Article 1er : M. G D, exerçant au 20 avenue de la Sibelle, à Paris (75014) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de l'enfant de Mme B et M. H et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier Rives sur Seine ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; recueillir les doléances ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de l'enfant de Mme B et M. H ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

- rappeler l'état de santé antérieur de l'enfant de Mme B et M. H et décrire son état à la date de l'expertise ;

- décrire les conditions dans lesquelles l'enfant de Mme B et M. H a été prise en charge par les services du centre hospitalier ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de la patiente et aux symptômes qu'elle présentait ;

- de manière générale, réunir tous les éléments permettant de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de l'enfant de Mme B et M. H ;

- dire si l'état de santé de l'enfant de Mme B et M. H est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme B et M. H ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle devra à nouveau être ;

- dire si l'état de l'enfant de Mme B et M. H est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

- décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de l'enfant de Mme B et M. H, non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, pertes de revenus, incidences professionnelle et scolaire du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) en distinguant, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;

- préciser les préjudices directement imputables à un ou des actes de prévention, de diagnostic ou de soins exécutés dans l'établissement ayant eu pour l'enfant de Mme B et M. H des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci, en appréciant leur niveau de gravité au regard des critères fixés à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique ;

- de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 2 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B et M. H, à l'office national d'Indemnisation des accidents médicaux, au centre hospitalier Rives de Seine et à M. D, expert.

Fait à Cergy-Pontoise, le 12 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. BEAUFAŸS

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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