Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310195

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné les requêtes de M. A, ressortissant ivoirien, contestant le refus implicite puis explicite du préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la décision de refus de titre de séjour était insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. A, en méconnaissance des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne des droits de l'homme. En conséquence, le tribunal a annulé le refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination. Il a enjoint au préfet de délivrer un titre de séjour à M. A dans un délai d'un mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, sous le numéro 2310195, M. B A, représenté par Me De Almeida, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande délivrance de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par ordonnance du 8 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 juillet 2024.

Un mémoire présenté par le préfet du Val-d'Oise a été enregistré le 26 septembre 2024 et n'a pas été communiqué.

Par un mémoire en défense enregistré, le 26 septembre 2024 et non communiqué, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer sur la requête en raison de la délivrance d'un récépissé valable du 10 septembre 2024 au 9 décembre 2024.

II- Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023, sous le numéro 2317189, M. B A, représenté par Me De Almeida, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 novembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un titre de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à défaut, audit préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Froc, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 15 novembre 1982, a sollicité, le 29 septembre 2021, son admission au séjour notamment sur le fondement de l'article 5 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992. Le silence gardé par le préfet du Val-d'Oise pendant plus de quatre mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la suite, aux termes d'un arrêté du 29 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a expressément rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. M. A sollicite l'annulation de la décision implicite née du silence gardé par l'administration sur sa demande de titre de séjour ainsi que l'arrêté du 29 novembre 2023.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2310195 et 2317189 concernent le même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision implicite de refus d'admission au séjour :

3. Si, en vertu des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'administration sur une demande de titre de séjour fait naître, au terme d'un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 29 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a explicitement rejeté la demande de M. A. Dans ces conditions, ses conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise pendant les quatre mois suivant la réception de cette demande doivent être regardées comme dirigées contre la décision explicite du 29 novembre 2023, au demeurant également contestée par l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour du 29 novembre 2023 :

5. En premier lieu, le refus de séjour attaqué, pris au visa notamment de l'article 5 de convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, détaille les circonstances sur lesquelles le préfet du Val-d'Oise s'est fondé pour estimer que M. A ne pouvait bénéficier d'un titre de séjour. Dans ces conditions, cette décision, qui n'était pas tenue de faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, laquelle s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, doit être écarté. Par ailleurs cette motivation témoigne de ce que le préfet du Val-d'Oise s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14.Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

7. D'une part, M. A, qui indique lui-même être entré en France en 2017, ne démontre pas avoir résidé de manière habituelle et continue sur le territoire français au cours des dix années précédant la décision attaquée. Par suite, à le supposer soulevé, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise aurait dû saisir la commission du titre de séjour de la demande de l'intéressé ne peut qu'être écarté.

8. D'autre part, M. A soutient qu'il justifie d'une bonne intégration professionnelle et personnelle sur le territoire national en produisant trois contrats de travail successifs et de nombreux bulletins de salaire depuis juillet 2017. Toutefois, l'intéressé n'établit pas, en l'absence de communication du contrat de travail dont il se prévaut auprès de la société AN Transports, et en se bornant à produire cinq bulletins de salaire correspondant à la période de février à juin 2023, la pérennité de sa situation professionnelle à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, l'activité et l'expérience professionnelle du requérant en qualité de coursier au sein de la société AN Transports depuis février 2023 sont insuffisantes pour constituer un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère ayant de surcroît émis un avis défavorable le 27 mars 2023, dès lors que son employeur n'a transmis ni promesse d'embauche valide au salaire minimum de croissance légal, ni relevé de situation comptable URSSAF de moins de 6 mois. Enfin, l'intéressé est célibataire, sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il n'est pas contesté qu'y réside son enfant mineur et où il a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. A au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et des libertés d'autrui ".

10. M. A, qui est célibataire et sans charge de famille en France et qui, en tout état de cause, n'établit pas, ainsi qu'il l'allègue, la présence sur le territoire français de ses parents et de sa sœur, ne fait valoir aucune circonstance particulière qui ferait sérieusement obstacle à ce que sa vie se poursuive normalement à l'étranger et, en particulier dans son pays d'origine, où, de surcroît, il n'est pas contesté que réside son fils mineur. Par ailleurs ainsi qu'il a été dit au point 8, l'intéressé ne justifie pas d'une insertion professionnelle ancienne et stable. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de ce que le refus de séjour contesté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le refus de titre de séjour en litige n'est pas entaché des illégalités dénoncées par M. A. Celui-ci n'est donc pas fondé à soutenir que l'obligation qui lui est faite par le même arrêté de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de ce refus.

12. En deuxième lieu, les moyens soulevés à l'encontre de ces décisions, tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés par les mêmes motifs de fait que ceux exposés aux points 8 et 10.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le refus de titre de séjour en litige et la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées des illégalités dénoncées par M. A. Celui-ci n'est donc pas fondé à soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire serait illégale du fait de l'illégalité de ces décisions.

14. En deuxième lieu, les moyens soulevés à l'encontre de ces décisions, tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés par les mêmes motifs de fait que ceux exposés aux points 8 et 10.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la décision portant refus de délivrance du titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées des illégalités dénoncées par M. A. Celui-ci n'est donc pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale du fait de l'illégalité de ces mesures.

16. En deuxième lieu, les moyens soulevés à l'encontre de cette décision, tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés aux points 8 et 10.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

E. FROC

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2310195 et N°2317189