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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2310240

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310240

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOILEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023 sous le n° 2310240, Mme A C, représentée par Me Heurton, et agissant en qualité d'ayant droit de M. E C, demande au juge des référés, d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions dans lesquelles son époux a été pris en charge par l''Hôpital Novo de Pontoise (centre hospitalier de Pontoise) (95300) avant son décès le 15 avril 2023 ;

Elle soutient que :

- une carence dans l'assistance médicale de l'unité de soin a concouru à une prise en charge tardive d'un carcinome épidermoïde de l'hémi langue droite et au décès de son époux, le 15 avril 2023, alors que ce dernier consultait cet établissement depuis le 9 septembre 2022 ;

- la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle doit permettre d'évaluer l'indemnisation des préjudices subis par la demanderesse dans le cadre d'un éventuel recours en responsabilité contre l'établissement public de santé Hôpital Novo.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux représenté par Me Welsch ne s'oppose pas à la mesure d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et demande au juge à ce que la mission de l'expert soit complétée.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2023, l'établissement public de santé Hôpital Novo représenté par Me Boileau, n'entend pas s'opposer à la demande d'expertise mais formule les protestations et réserves d'usage et demande au juge :

1°) à ce que la mission soit complétée ;

2°) à ce qu'il soit enjoint à l'expert de déterminer les débours et frais médicaux en relation directe avec les manquements constatés ;

3°) à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge de la requérante.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. L'expertise demandée par Mme C relative aux conditions de la prise en charge de son époux par le centre hospitalier de Pontoise présente un caractère utile, et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le dépôt d'un rapport :

3. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de Mme C tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicable aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'avance des frais d'expertise :

4. Aux termes de l'article R.761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ". Dès lors, il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur les conclusions tendant à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge de Mme C ou sur les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B D, exerçant au 16 Boulevard Vauban à Montigny le Bretonneaux (78180) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de l'époux de Mme C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Pontoise ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; recueillir les doléances ;

- rappeler l'état de santé antérieur de M. C jusqu'à la date de son décès ;

- décrire les conditions dans lesquelles M. C a été pris en charge par les services du centre hospitalier ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à son état et aux symptômes qu'il présentait ;

- de manière générale, réunir tous les éléments permettant de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de la prise en charge de M. C ;

- décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de M. C, non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier de Pontoise si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux et les préjudices personnels subis, y compris les préjudices subis par son épouse ;

- dire si les préjudices subis sont directement imputables à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins et préciser lesquels ; préciser les causes possibles du dommage et rechercher si d'autres pathologies ont pu interférer et notamment le rôle d'une pathologie initiale ; dire si on est en présence de conséquences anormales au regard de l'état de santé de la personne et de l'évolution prévisible de son état ;

- de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 2 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, la caisse primaire d'assurance maladie du Val d'Oise, l'établissement public de Santé Hôpital Novo et à M. D, expert.

Fait à Cergy, le 31 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. BEAUFAŸS

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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