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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2310311

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310311

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre
Avocat requérantBOUZIANI LOUIZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 29 juillet 2023, le 10 décembre 2023 et le 10 mars 2024, ces dernières pièces n'ayant pas été communiquées, M. D, représenté par Me Bouziani, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 juillet 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au regard de son état de santé, dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de le mettre en possession, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière faute qu'il soit établi, en l'absence de production de l'avis du médecin de l'Agence Régionale de Santé (ARS), que l'avis du directeur de l'ARS a été sollicité ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé ;

- elle méconnait les articles 6-5 et 6-7 de l'accord franco-algérien ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Charlery, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 29 mai 1966, est entré en France le 4 septembre 2018 muni d'un visa de type C. Le 21 avril 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour soins sur le fondement de l'article 6-7 de l'Accord franco-algérien. Par arrêté du 17 juillet 2023, le préfet des Hauts-de-Seine, se fondant sur un avis rendu le 20 juin 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour pendant une durée d'un an. M. D sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. En l'espèce, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord conclu le 27 décembre 1968 entre la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et leurs familles, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Le préfet des Hauts-de-Seine souligne que M. D a sollicité un titre de séjour pour soins sur le fondement de l'article 6-7 de l'Accord franco-algérien lequel ne peut lui être délivré dès lors que par un avis rendu le 20 juin 2023, le conseil des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. La décision relève également que M. D est marié, sans charge de famille et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables compte tenu du fait qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 52 ans, circonstances dont il découle que la décision ne porte pas atteinte à son droit de mener une vie familiale normale conformément à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. "

5. Il résulte de ces dispositions, dont les garanties qu'elles prévoient sont applicables aux ressortissants algériens, que la régularité de la procédure implique que les documents soumis à l'appréciation du préfet comportent l'avis du collège de médecins et soient établis de manière telle que, lorsqu'il statue sur la demande de titre de séjour, le préfet puisse vérifier que l'avis au regard duquel il se prononce a bien été rendu par un collège de médecins conformément aux dispositions réglementaires précitées.

6. Alors que l'arrêté mentionne en tout état de cause que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui était annexé, le préfet a produit en cours d'instance l'avis médical émis le 20 juin 2023. Il en ressort que cet avis a été rendu par les trois praticiens régulièrement désignés par la décision du 3 octobre 2022 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) également produite par le préfet des Hauts-de-Seine, que mentionne cet avis et sur le rapport d'un autre médecin, le docteur E, établi le 1er juin 2023 et transmis au collège des médecins le 6 juin 2023. Cet avis, établi conformément au modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016, indique que le collège de médecins de l'OFII, après en avoir délibéré, a estimé que l'état de santé de M. D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le collège de médecins ayant estimé que l'absence de traitement n'était pas susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la circonstance que l'avis ne précise pas la disponibilité du traitement approprié dans son pays d'origine ou la durée du traitement de l'intéressé n'est pas de nature à entacher cet avis d'irrégularité. Dès lors, cet avis comporte les mentions prévues par les dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant soutient que le directeur de l'Agence régionale de santé devait se prononcer sur l'existence d'une circonstance humanitaire exceptionnelle, il n'indique pas la disposition législative ou règlementaire qui constituerait le fondement de cette obligation. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays".

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. Pour contester l'avis rendu par le collège de médecins le 20 juin 2023, aux termes duquel l'état de santé de M. D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ce dernier fait valoir qu'il souffre d'un carcinome épidermoïde de la lèvre gauche qui a nécessité une lourde intervention chirurgicale le 16 mars 2023, et pour lequel il est suivi au centre hospitalier Beaujon. Il produit pour l'établir de nombreuses pièces médicales, parmi lesquelles un compte-rendu opératoire et d'imagerie médicale, des convocations à des rendez-vous médicaux, et des prescriptions de séances de kinésithérapie. Il verse également à l'instance le certificat médical établi le 30 mars 2023 par le docteur B, praticien au service de chirurgie maxillo-faciale et de stomatologie de l'hôpital Beaujon, qui indique que l'état de santé de l'intéressé nécessite une surveillance médicale hospitalière pluriannuelle pendant au minimum les cinq prochaines années, lequel est confirmé par deux autres certificats établis le 24 avril 2023 et le 21 août 2023 par le docteur C, praticien hospitalier intervenant dans le même service, le plus récent d'entre eux mentionnant en outre que le suivi doit être réalisé par le chirurgien référent et que l'absence de suivi de la pathologie expose le patient à un risque de récidive ou de nouvelle localisation avec une prise en charge trop tardive susceptible d'être gravement préjudiciable pour sa vie. Néanmoins, il ressort de ces différents documents que, suite à l'intervention chirurgicale du 16 mars 2023, qui a consisté en l'exérèse complète du carcinome et a seulement présenté comme conséquence séquellaire un œdème musculaire de dénervation du muscle trapèze sans involution, comme en témoigne le compte-rendu de l'IRM de l'épaule gauche réalisé le 10 juillet 2023, l'état de santé de M. D est actuellement stabilisé et nécessite seulement un suivi régulier, actuellement d'une périodicité semestrielle, et des séances de kinésithérapie dont la durée n'est pas précisée. Dans ces conditions, M. D n'apporte pas d'éléments qui seraient de nature à renverser la présomption attachée à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-7 de l'Accord franco-algérien doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus

11. M. D fait valoir qu'il réside en France depuis cinq ans où il est pris en charge pour le suivi de sa pathologie, qu'il vit avec l'un de ses frères et est soutenu par tous ses cousins. Néanmoins, ces éléments ne sont pas de nature à faire regarder M. D comme ayant fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, dès lors que la seule présence de son frère sur le territoire sous couvert d'un certificat de résidence pour ressortissant algérien d'une durée de dix ans, ou celle alléguée mais non établie de ses cousins, ne lui ouvre aucun droit au séjour. Par ailleurs, l'intéressé ne conteste pas les mentions de la décision en litige, qui reprennent les informations qu'il a lui-même fournies en renseignant la fiche de salle déposée à l'occasion de sa demande de titre de séjour, aux termes desquelles il est marié, sans que la résidence de son épouse soit précisée, et que le couple n'a pas eu d'enfant. Il a, par ailleurs, vécu en Algérie jusqu'à l'âge de 52 ans. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision en litige, le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu les stipulations du 5° de l'article 6 de l'Accord franco-algérien.

12. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 9 et 11 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à faire valoir que la décision en litige procèderait d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, la décision refusant à M. D un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11 du présent jugement, M. D ne peut soutenir qu'en prenant la décision en litige, le préfet des Hauts-de-Seine aurait porté au droit dont il dispose au respect de sa vie personnelle et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et par suite, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. D n'implique aucune mesure particulière d'exécution.

Sur les frais de l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La rapporteure,

signé

C. Charlery

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2310311

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