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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2310361

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310361

lundi 21 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2023, Mme B, représentée par Me Cacciapaglia, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en date du 2 juin 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a prononcé le retrait de son agrément d'assistante familiale ;

2°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise de procéder à la restitution de son agrément d'assistante familiale, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée lui porte préjudice dans ses conditions d'existence et au regard de sa situation financière, dans la mesure où le retrait de son agrément la prive de la possibilité d'exercer sa profession, qu'elle a été licenciée par son employeur le 4 juillet 2023, qu'elle se trouve privée de toute rémunération et placée dans une situation de grande précarité financière ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle a été prise par une autorité dont la compétence n'est pas établie, faute de justification d'une délégation de signature régulière ;

* elle est entachée d'une absence de motivation en fait et en droit, dès lors qu'elle est dépourvue de toute motivation factuelle et circonstanciée et qu'elle mentionne uniquement l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles ;

* elle est entachée de vices de procédure, dès lors qu'elle ne justifie pas de la régularité de la désignation du président de la commission consultative paritaire, qu'elle ne justifie d'aucune information régulière des représentants élus des assistants maternels et familiaux et qu'il existe un défaut de communication de l'entièreté du dossier administratif de l'agent ;

* elle est entachée d'une méconnaissance des droits de la défense et du principe du contradictoire, dès lors que son dossier administratif a été transmis de façon incomplète ;

* elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une méconnaissance des articles L. 421-6 et R. 421-6 du code de l'action sociale et des familles, dès lors qu'il n'est pas relevé que les conditions d'accueil des enfants accueillis n'étaient plus garanties au sein de son domicile, qu'il n'apparaît pas qu'une enquête administrative ait été réalisée par le département du Val-d'Oise, qu'aucune enquête diligentée par le département ne permet de relater des éléments suffisamment circonstanciés pour établir la réalité de la plupart des faits et qu'aucun compte rendu de la commission consultative paritaire départementale (CCPD) ne lui a été délivré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2023, le conseil départemental du Val-d'Oise, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 2000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- la requête 2310735 enregistrée le 31 juillet par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision contestée ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné Mme Edert, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 16 août 2023 à 14h00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre greffier d'audience :

- le rapport de Mme Edert, juge des référés ;

- les observations Mme B représentée par Me Lellouche substituant Me Cacciapaglia qui soutient en outre que la condition d'urgence est établie par sa perte de revenus, l'atteinte à sa réputation et la situation de stress engendrée par la décision de retrait, compte tenu de son licenciement au bout de dix-sept années comme assistante familiale ;

- les observations du conseil départemental du Val-d'Oise, représenté par Me Ben Merad qui indique que si le département n'est pas en compétence liée pour prononcer un retrait d'agrément, tant l'enquête pénale que le principe de précaution justifient sa décision.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, titulaire du diplôme d'Etat d'assistante familiale, disposait d'un agrément l'autorisant à exercer les fonctions d'assistante familiale et à accueillir des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans en lien avec les services de l'aide sociale à l'enfance du Val-d'Oise. Par une décision du 25 janvier 2023, la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a prononcé la suspension de son agrément pour une durée ne pouvant excéder quatre mois du fait d'une enquête pénale en cours la concernant. Par une seconde décision en date du 2 juin 2023, notifiée le 12 juin 2023, la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a prononcé le retrait de l'agrément d'assistante familiale de la requérante. Par la présente requête, Mme B demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 2 juin 2023 lui retirant son agrément.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de l'instruction que Mme B ne justifie pas de sa situation de précarité financière en l'absence d'élément chiffré sur les revenus de son conjoint. Toutefois, eu égard à l'objet de la décision contestée, qui procède au retrait de l'agrément d'assistante familiale dont elle est titulaire depuis le 18 octobre 2005 et aux effets de celle-ci sur les revenus et la réputation de l'intéressée, la condition d'urgence doit être considérée comme remplie, sans qu'y fasse obstacle, dans les circonstances de l'espèce, l'intérêt public qui s'attache à la protection de la santé, de la sécurité et de l'épanouissement des enfants ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles.

5. Il résulte de l'instruction qu'à la suite d'un signalement effectué par la mère d'une des enfants confiés par son employeur, l'association Cotxet à Mme B, une enquête pénale a été diligentée, motivant la décision de retrait. Toutefois, les deux comptes rendus des évaluations des pratiques professionnelles de la requérante en date des 28 et 29 novembre 2022 réalisées à la suite du signalement auprès du Procureur de la République à son domicile, par une professionnelle de la Protection maternelle infantile du département du Val-d'Oise et par la cadre de santé de ce service ne concluent pas à l'existence d'éléments inquiétants concernant la prise en charge des enfants confiés à l'intéressée, mais présentent au contraire les difficultés rencontrées dans la prise en charge de l'enfant ayant dénoncé les faits de maltraitance. Ils indiquent également que Mme B avait demandé en août 2022, l'arrêt de la prise en charge de cette enfant, sans qu'il ait été possible d'y donner suite, en l'absence d'assistant familial volontaire. Enfin, les éléments de la prise en charge médicale produits indiquent que la progression de cette enfant confiée à la garde de Mme B depuis 2015 est remarquable, et ce dans un contexte d'opposition de la mère de l'enfant. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont est entachée la décision de retrait d'agrément paraît propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision contestée jusqu'à ce que le tribunal administratif statue sur les requêtes tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. () ".

8. En application des dispositions précitées de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, il n'appartient pas au juge des référés d'enjoindre à la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise de procéder à la restitution de l'agrément d'assistant familial et à la réintégration de Mme B, en raison du caractère définitif de ces mesures. En revanche, l'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que cette même autorité procède à titre provisoire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, à cette restitution, dans un délai d'un mois suivant la date de notification de cette ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il y a lieu de mettre à la charge du conseil départemental du Val-d'Oise le versement à Mme B de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par le conseil départemental soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision du 2 juin 2023 de la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise de procéder à titre provisoire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, à la restitution de l'agrément d'assistante familiale dont Mme B était titulaire et à sa réintégration, dans un délai d'un mois suivant la date de notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le département du Val-d'Oise versera à Mme B la somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par le département du Val-d'Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise.

Fait, à Cergy, le 21 août 2023.

La juge des référés,

signé

S. Edert

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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