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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2310369

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310369

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310369
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 31 juillet 2023, 8 août 2023, 9 août 2023 et 3 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté en date du 30 juin 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ou, à titre subsidiaire, d'annuler cet arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public représentée ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la protection contre l'éloignement dont il bénéficie en qualité de titulaire d'un droit au séjour de plein droit au titre de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Un mémoire en réplique, produit pour M. B, a été enregistré le 5 février 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le jugement du magistrat désigné n°1805213 du 7 juin 2018.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bocquet, conseillère ;

- et les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 15 avril 1997, indique être entré sur le territoire français le 26 juillet 2013 muni d'un visa de court séjour. Le 13 décembre 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 30 juin 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

2. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni de la décision attaquée que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B et de sa demande de régularisation au titre de sa vie privée et familiale avant de prendre sa décision. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B soutient qu'il réside sur le territoire français depuis le 26 juillet 2013, soit depuis l'âge de seize ans, que l'ensemble des membres de sa famille, à savoir ses parents, sa sœur et son frère ainsi que ses oncles et tantes résident régulièrement en France, qu'il a suivi toute sa scolarité jusqu'en terminale en 2016 et qu'il a eu plusieurs expériences professionnelles de quelques mois en 2018, 2021 et 2022, qu'il aide régulièrement son père qui travaille sur les marchés et qu'il est inscrit dans un parcours de formation professionnelle depuis janvier 2023 pour devenir peintre en bâtiment. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé en 2015, 2018, 2020 et 2022, sa première interpellation s'étant accompagnée de rébellion envers les forces de l'ordre. En outre, il a fait l'objet d'un précédent arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 30 mai 2018, confirmé par le jugement n°1805213 rendu par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 7 juin 2018 et qu'il n'a pas mis à exécution. S'il fait valoir que ses parents, sa sœur et son frère sont titulaires de cartes de séjour, il est âgé de vingt-six ans à la date de la décision attaquée, célibataire et sans enfant à charge, il n'est plus scolarisé depuis 2016 et ne démontre pas une insertion professionnelle réelle au regard des courtes durées et de la discontinuité de ses expériences professionnelles. En outre, la répétition des infractions à la législation relative à la consommation de stupéfiants, dont la dernière a été commise le jour du dépôt de sa demande de titre de séjour en préfecture, témoigne d'un défaut d'intégration sociale et de respect des lois. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. La décision portant refus de délivrance de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

7. Le requérant soutient qu'il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français bénéficiant d'une protection contre l'éloignement. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant relèverait de l'un des neuf cas prévus à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'il serait membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne au sens de la législation applicable. Dès lors, ce moyen doit être écarté comme infondé.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

La rapporteure,

signé

P. Bocquet

Le président,

signé

P.-H. d'ArgensonLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2310369

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