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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2310604

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310604

mercredi 23 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDALMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2308346 du 4 août 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des dispositions des articles R. 312-12 et R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête et du mémoire de M. B.

Par cette requête et ce mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 4 août 2023, M. A B, représenté par Me Dalmas, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder sans délai à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, ayant méconnu les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de cette convention ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- la présence de M. B sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Sitbon pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 août 2023 à 13 heures 30 :

- le rapport de M. Sitbon, magistrat désigné ;

- M. B n'était ni présent, ni représenté :

- le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 20 février 2002, indique être entré en France le 20 décembre 2021. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

3. Pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet du Val-d'Oise a relevé qu'il était entré irrégulièrement et se maintenait en situation irrégulière en France et qu'il ne prouvait pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est père d'un enfant de sept mois, né à Paris d'une mère de nationalité française, chez qui il est hébergé à titre gratuit depuis mai 2022. En outre, s'il a été interpelé le 9 juillet 2023 pour des faits de violences conjugales et qu'il fait l'objet de poursuites judiciaires, ces faits, qu'il conteste et pour lesquels il n'a pas été condamné, sont restés isolés et n'ont entraîné aucune incapacité de travail ni cessation de la communauté de vie avec la mère de son enfant. Au vu de ces éléments et même à les supposer avérés, ils ne sont pas de nature à affecter durablement la cellule familiale ou la sécurité et la santé de l'enfant. Dans ces conditions, alors qu'il vit avec son enfant depuis sa naissance, M. B démontre qu'il participe à son entretien et à son éducation, comme l'atteste d'ailleurs sa compagne. Par suite, il est fondé à soutenir qu'il entre dans les prévisions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

4. En second lieu, selon l'article L. 611-1 de ce même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

5. Le préfet du Val-d'Oise fait valoir en défense que la présence de M. B en France constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été interpelé le même jour pour des faits de violences conjugales, dégradation de biens privés, violences sur une personne dépositaire de l'autorité publique, vol avec violences et rébellion. Ce motif n'étant pas au nombre de ceux qui fondent l'obligation de quitter le territoire français en litige, le préfet doit être regardé comme demandant, au besoin, une substitution de motifs. Toutefois, et dès lors que M. B, ainsi qu'il a été dit au point 3 ci-dessus, bénéficie d'une protection contre l'éloignement en qualité de parent d'enfant français, ce nouveau motif ne peut légalement fonder la décision attaquée. En tout état de cause, le comportement du requérant, qui n'a jamais été condamné et ne s'est pas fait connaître antérieurement des services de police, ne saurait représenter une menace pour l'ordre public alors, en outre, que les faits de vol avec violences mentionnés dans l'arrêté, qui n'ont donné lieu à aucune poursuite, ne sont pas étayés par le moindre élément probant. Par suite, cette demande de substitution de motifs ne peut qu'être rejetée.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, des décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et l'interdisant de retour pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. En premier lieu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour. En revanche, à ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. En second lieu, le présent jugement annulant l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de M. B, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de mettre en œuvre la procédure d'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de sa notification.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme réclamée par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a fait obligation à

M. B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de M. B, en le munissant dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour et de mettre en œuvre la procédure d'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

J. Sitbon

La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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