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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2310833

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310833

lundi 28 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantARIGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 août 2023, Mme. D, représentée par Me Arigue, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet du val d'Oise a décidé son transfert aux autorités néerlandaises responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;

Mme. D doit être regardée comme soutenant que cet arrêté :

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que les circonstances justifient que les autorités françaises décident d'examiner sa demande de protection internationale, par dérogation aux dispositions de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et en application de la clause discrétionnaire mentionnée à l'article 17 de ce même règlement ;

- méconnait son droit au respect à sa vie privée et familiale en France et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2023, le préfet du val d'Oise conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux I bis et III de l'article L. 512-1, à l'article L. 556-1 et à l'article L.742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 août 2023 :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Arigue, avocat désigné d'office, représentant Mme. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens

- le Préfet du val d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme. D, ressortissante turque née le 12 mars 1973, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 25 mai 2023, auprès du préfet du val d'Oise. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation de la base Visabio a révélé que Mme. D avait bénéficié d'un visa délivré par les autorités néerlandaises périmé depuis moins de 6 mois à la date de sa demande. Les autorités néerlandaises, saisies le 26 mai 2023 par le préfet d'une demande de prise en charge de Mme D, ont accepté la requête du préfet le 18 juillet 2023. Par un arrêté du 4 août 2023, le préfet a décidé de transférer Mme. D aux autorités néerlandaises. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme. D, qui a présenté sa requête sans avoir recours à un avocat, a bénéficié lors de l'audience de l'assistance de l'avocat de permanence désigné par le bâtonnier. Le requérant n'a pas indiqué vouloir renoncer au bénéfice de cette commission d'office. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre Mme. D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions de la requête :

3. Aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. [] 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. [] ". La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 de ce règlement, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

4. En outre, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D, alors même qu'elle n'aurait jamais séjourné aux Pays-Bas et n'y aurait aucune connaissance, entretienne en France des liens personnels et familiaux d'une stabilité et d'une intensité suffisantes pour faire regarder la décision de transfert comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement, ou comme méconnaissant les droits qu'elle tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors il y a lieu d'écarter les moyens formulés en ce sens.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du val d'Oise du 4 août 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : il n'y a pas lieu d'admettre Mme D à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet du val d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 août 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. B Le greffier,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au Préfet du val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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