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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2310859

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310859

mardi 5 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310859
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGORSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 août 2023, M. A C, représenté par Me Gorse, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en date du 17 mai 2023 par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a retiré sa décision implicite du 11 décembre 2022 lui accordant une disponibilité pour convenances personnelles à compter du 1er septembre 2023, ensemble la décision en date du 7 juillet 2023 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'annulation forcée de son projet pédagogique le place dans une situation financière délicate, que sa conjointe a elle-même obtenu un congé sans solde après acception de sa propre demande de disponibilité et se trouve donc sans revenus ni possibilité de réintégrer son poste ; que leur voyage était financé par leurs propres économies, lesquelles ne suffiront pas à subvenir à leurs besoins s'ils se maintiennent à Paris avec des revenus réduits de moitié ; que ces décisions emportent l'abandon de manière définitive et irrévocable de leur projet ; qu'elles portent atteinte de surcroît aux partenariats engagés avec certaines écoles, lesquelles ont basé leurs programmes pédagogiques de l'année scolaire à venir sur cette base ;

- il existe plusieurs moyens de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées, en violation des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles méconnaissent l'article L. 511-3 du code de la fonction publique, en ce que la décision du 17 mai 2023 a été prise plus de cinq mois après acceptation implicite de sa demande par une décision du 11 décembre 2022, laquelle était créatrice de droits, sans justifier au demeurant des nécessités de service qui cautionneraient un tel retrait ;

Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2023, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant n'a jamais été titulaire d'une décision implicite d'acceptation, que ce dernier était parfaitement informé de la situation et du fait que sa demande était prématurée et qu'il a ainsi contribué à sa propre urgence, sa conjointe ayant précipitée sa demande de congé ; en outre, il ne démonte pas une prétendue atteinte à sa situation financière ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

* aucune décision créatrice de droit n'a été créée au profit du requérant et ce dernier ne peut ainsi se prévaloir de son retrait ;

* la décision attaquée est bien motivée par des nécessités de service.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 27 août 2023, M. C maintient ses conclusions et ses moyens précédemment invoqués.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2310860, enregistrée le 14 août 2023 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Buisson, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 28 août 2023 à 14h00.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière :

- le rapport de M. Buisson, juge des référés,

- les observations de Me Gorse, représentant M. C,

- les observations de M. B représentant le recteur de l'académie de Versailles.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, enseignant agrégé de physique-chimie, a été affecté au lycée Richelieu de Rueil-Malmaison à compter de l'année 2020. Il a envisagé " un projet de voyage bas-carbone (vélo, train, bateau) à travers l'Europe, le Maroc et la Turquie ". Ce voyage, prévu pour durer un peu plus d'un an, devrait, selon l'intéressé, " servir de base à une collaboration avec une quinzaine de classes d'écoles primaires de l'Académie de Versailles (à Rueil-Malmaison et Colombes) et avec les " éco-délégués " du lycée Richelieu ". Pour entreprendre ce voyage, M. C a présenté une demande de mise en disponibilité pour convenances personnelles par la voie hiérarchique, le 11 octobre 2022, ré-exprimée sur la plateforme dédiée aux enseignants " Colibris " en mars 2023. La rectrice de l'académie de Versailles a rejeté sa demande par une décision en date du 17 mai 2023. M. C a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 20 juin 2023, lequel a également fait l'objet d'un rejet, le 7 juillet 2023. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

4. D'une part, pour justifier du caractère d'urgence de sa demande de suspension, M. C fait valoir que le refus de lui accorder une disponibilité pour convenances personnelles le place dans une situation financière délicate dès lors que sa conjointe, fonctionnaire titulaire comme lui, ayant d'ores et déjà été placée en position de disponibilité jusqu'en septembre 2024, le couple ne disposera que d'un seul salaire pour se loger dans la région de l'Ile-de-France. Il résulte toutefois de l'instruction que le requérant ne démontre pas l'impossibilité pour sa compagne de réintégrer son administration de rattachement avant la fin de sa disponibilité, laquelle ne la prive d'ailleurs pas de la possibilité de travailler, ni même que des démarches en vue de sa réintégration anticipée seraient demeurées infructueuses. En outre, si le requérant fait valoir que la décision a des conséquences sur sa situation familiale, il n'établit pas que cette mesure, qui n'a pas pour effet de le séparer de sa conjointe, le priverait du droit au respect de sa vie familiale.

5. D'autre part, M. C fait valoir que la décision le conduit à renoncer à un projet personnel et professionnel, mûri de longue date en lien avec plusieurs établissements scolaires de l'académie, au sein desquels les enseignants auraient conçu leurs programmes pédagogiques de la nouvelle année scolaire sur cette base. Il résulte toutefois de l'instruction que, comme l'indique en défense le recteur de l'académie de Versailles, l'effectif d'enseignants de sciences physiques de cette académie est structurellement déficitaire, y compris après le recrutement d'agents non titulaires, de sorte que, compte tenu des qualifications de M. C, particulièrement utiles aux élèves de l'académie subissant au premier chef cette situation de pénurie, le bon fonctionnement du service est susceptible d'être compromis par son départ immédiat.

6. Ainsi, il n'apparaît pas que l'urgence justifie la suspension de l'exécution de la décision de la rectrice de l'académie de Versailles.

7. L'une des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, la demande de suspension présentée par M. C ne peut qu'être rejetée. Ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.

Fait à Cergy, le 5 septembre 2023.

Le juge des référés,

signé

L. Buisson

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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