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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2310862

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310862

mercredi 16 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310862
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGRINAL KLUGMAN AUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 août 2023, M. B A, représenté par Me Klugman et Me Terel demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 15 juin 2023 par laquelle le directeur central de la police judiciaire, agissant par délégation du ministre de l'intérieur et des outre-mer, lui a refusé l'accès aux données à caractère personnel figurant dans le système d'information Schengen (SIS), et de la décision implicite de refus de rectification de ces données ;

2°) de prononcer toutes les mesures nécessaires à l'encontre du ministre de l'intérieur et des outre-mer ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, d'insérer dans le fichier SIS une mention précisant que l'interdiction du territoire de l'espace Schengen est suspendue et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, en tout état de cause, de lui donner accès aux informations le concernant dans le fichier SIS ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- son inscription au fichier SIS a conduit à une mesure d'éloignement du territoire français et de l'espace Schengen ;

- les sanctions européennes qui ont conduit à son signalement au SIS ont été levées par le tribunal de l'Union européenne le 8 mars 2023 ;

- le maintien injustifié de son nom dans le SIS porte atteinte à son droit au respect de la vie privée.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité des décisions litigieuses :

- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit, dès lors que la levée des sanctions européennes qui le visaient prive les mentions SIS le concernant de fondement juridique ;

- elles méconnaissent le règlement d'exécution (UE) n°2023/890, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 2 du protocole n°4 de cette convention, et son droit à la santé.

Vu :

- la requête, enregistrée le 14 août 2023 sous le numéro n° 2310863, par laquelle M. A demande l'annulation des décisions litigieuses ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bories, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant canadien, libanais et syrien né le 2 mars 1948, résidant au Liban, a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le fichier du système d'information Schengen (SIS). Il a saisi le 2 juin 2023 le ministre de l'intérieur d'une demande tendant à accéder et à rectifier les données à caractère personnel contenues dans ce fichier. Par une décision du 15 juin 2023, le directeur central de la police judiciaire, agissant sur délégation du ministre de l'intérieur et des outre-mer, a refusé de l'informer des suites qui ont été données à sa demande et l'a informé qu'il pouvait demander à exercer son droit d'accès par l'intermédiaire de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL).

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code précise : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". Aux termes de l'article

L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en résulte qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision administrative, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Il appartient ainsi au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution des décisions portant refus d'accès à ses données à caractère personnel contenues dans le fichier SIS et de rectification de celles-ci, M. A soutient que l'entrée sur le territoire de l'espace Schengen lui a été refusée en application de son signalement dans ce fichier, que ces mentions sont dépourvues de fondement juridique, dès lors que les sanctions européennes qui le concernent ont été levées, et qu'elles portent atteinte à son droit au respect à la vie privée. Toutefois, le requérant ne produit aucune précision utile ou pièce susceptible de démontrer la nécessité dans laquelle il se trouverait de pénétrer, de manière urgente, sur le territoire de l'espace Schengen, ni en quoi le respect de sa vie privée serait, de ce fait, menacé. Dans ces conditions, l'existence d'un préjudice grave et immédiat qui résulterait de l'exécution des décisions attaquées nécessitant qu'il soit prononcé à bref délai une mesure provisoire de suspension, n'est pas établie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Cergy, le 16 août 2023.

La juge des référés,

Signé

C. Bories

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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