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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2310872

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310872

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDA SILVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 août 2023, Mme B A, représentée par Me Da Silva, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 juin 2023 par laquelle le président de l'université Paris Nanterre a refusé son admission en première année de master de psychologie, mention " psychologie clinique, psychopathologie et psychologie de la santé ", parcours " psychologie clinique, psychopathologie, santé : approche psychanalytique " au titre de l'année 2023-2024 ;

3°) d'enjoindre au président de l'université Paris Nanterre de l'inscrire en première année de master de psychologie, mention " psychologie clinique, psychopathologie et psychologie de la santé " ou à défaut de réexaminer sa candidature dans le délai de sept jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'université Paris Nanterre le versement d'une somme de 3 000 euros à Me Da Silva, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est illégale dès lors qu'elle ne comporte pas la signature de son auteur en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une insuffisance voire d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le président de l'université Paris-Nanterre a renoncé à exercer son pouvoir discrétionnaire et s'est cru lié par la décision du jury d'admission ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle se fonde sur la délibération du conseil d'administration de l'université Paris Nanterre n°2022/00569 relative aux admissions en Master subordonnées à l'examen du dossier du candidat pour l'année universitaire 2023-2024 en date du 12 décembre 2022, qui n'est pas exécutoire faute pour l'université Paris Nanterre de justifier sa transmission au recteur de région académique, chancelier des universités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, l'université Paris Nanterre conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 25 septembre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- et les observations de M. C, représentant l'université Paris Nanterre.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, titulaire d'une licence de psychologie obtenue à l'université Paris-Nanterre au terme de l'année 2022-2023, a sollicité son inscription en première année de master de psychologie mention " psychologie clinique, psychopathologie et psychologie de la santé ", parcours " psychologie clinique, psychopathologie, santé : approche psychanalytique ", auprès de l'université Paris-Nanterre au titre de l'année 2023-2024. Par une décision en date du 23 juin 2023, le président de l'université Paris-Nanterre a refusé l'admission de Mme A en première année de ce master pour le motif suivant " Au terme de l'examen de la candidature, il apparait que le candidat ne répond pas à l'ensemble des critères de recrutement pour l'admission à cette formation ". Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 25 septembre 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. " et aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants :1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ; () ". Aux termes de l'article D. 612-36-2 du code de l'éducation dans sa version applicable au litige : " Les établissements autorisés par l'Etat à délivrer le diplôme national de master organisent leur processus de recrutement en première année des formations conduisant à ce diplôme et préparent l'inscription dans ces formations au moyen d'une procédure dématérialisée gérée par une plateforme nationale, mise en œuvre par arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur qui fixe les règles relatives au traitement des données afférant au fonctionnement de la plateforme. () ". Enfin, aux termes de l'article 7 de la délibération du conseil d'administration de l'université Paris Nanterre n°2022/00569 relative aux admissions en Master subordonnées à l'examen du dossier du candidat pour l'année universitaire 2023-2024 en date du 12 décembre 2022 : " Les candidatures en M1 doivent être déposées dans le respect des procédures et calendriers propres à la plateforme nationale. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a candidaté en première année de master de psychologie à l'université Paris Nanterre via la plateforme nationale " Mon Master " et que la décision en litige refusant son admission lui a été notifiée par l'intermédiaire de cette même plateforme. Dès lors, la décision attaquée était dispensée de la signature de son auteur en application des dispositions de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration précitées. Par suite, le moyen tiré du défaut de signature de la décision en litige est inopérant et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du second alinéa de l'article D. 612-36-2-2 du code de l'éducation dans sa version applicable au litige : " Les motifs pour lesquels l'admission est refusée sont communiqués par le chef d'établissement aux candidats qui en font, dans le mois qui suit la notification de ce refus, la demande. Une candidature peut être rejetée notamment lorsque le dossier est incomplet ou invalide au regard des conditions administratives fixées par le chef d'établissement. ".

6. La requérante soutient que la décision en litige est entachée d'une insuffisance de motivation dès lors que les motifs détaillés de la décision de refus d'admission en litige ne lui ont pas été communiqués. Toutefois, d'une part, et alors que la décision en litige rappelle que, conformément aux dispositions de l'article D. 612-36-2-2 du code de l'éducation précitées, les motifs de refus plus détaillés seront communiqués par le chef d'établissement aux candidats qui en feront la demande, la requérante ne peut se prévaloir de l'absence de communication des motifs détaillés de son refus d'admission suite aux courriels envoyés à des personnes autres que le président de l'université Paris Nanterre. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que par une lettre du 23 août 2023, le président de l'université Paris Nanterre a, à l'occasion du rejet du recours gracieux de la requérante à l'encontre de la décision en litige, précisé les motifs du refus d'admission à savoir que les acquis académiques antérieurs de la requérante ne lui " permettent pas d'accéder à cette formation, en particulier dans les matières suivantes : psychologie clinique psychanalitique ". Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'une insuffisance de motivation.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le président de l'université Paris Nanterre n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de Mme A dans le cadre de sa candidature pour une admission au master 1 " Psychologie clinique, psychopathologie et psychologie de la santé : approche psychanalytique ", master pour lequel l'université Paris Nanterre a reçu neuf cent quatre-vingt-quinze candidatures pour une capacité totale de cinquante-deux places. Par suite, le moyen invoqué par Mme A tiré de l'absence d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la délibération du conseil d'administration de l'université Paris Nanterre n°2022/00569 relative aux admissions en Master subordonnées à l'examen du dossier du candidat pour l'année universitaire 2023-2024 en date du 12 décembre 2022 : " Décision d'admission : / L'admission dans une formation est prononcée par le président de l'université après avis consultatif du ou des enseignants chargés du recrutement de la formation, désignés par arrêté. ".

9. La requérante soutient que le président de l'université Paris Nanterre a renoncé à son pouvoir d'appréciation en s'estimant lié par un avis seulement consultatif du jury d'admission et a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit. Toutefois, d'une part en se bornant à soutenir que le président de l'université a rejeté sa candidature en s'appropriant entièrement les motifs et la portée de l'avis du jury d'admission, elle n'établit pas que le président de l'université aurait renoncé à son pouvoir d'appréciation. D'autre part, si la décision en litige mentionne par erreur la décision et non l'avis du jury d'admission, l'université faisant valoir en défense sans être contestée qu'elle ne pouvait modifier cette formulation erronée issue de la plateforme nationale " Mon Master ", cette seule circonstance est insuffisante pour démontrer que le président de l'université Paris Nanterre se serait mépris sur la portée de l'avis du jury d'admission. Il s'ensuit que le moyen manque en fait et ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'éducation : " Les établissements peuvent fixer des capacités d'accueil pour l'accès à la première année du deuxième cycle. L'admission est alors subordonnée au succès à un concours ou à l'examen du dossier du candidat. ". La délibération du conseil d'administration de l'université Paris Nanterre n°2022/00569 relative aux admissions en Master subordonnées à l'examen du dossier du candidat pour l'année universitaire 2023-2024 en date du 12 décembre 2022 prévoit dans son article 1 : " Les formations pour lesquelles l'accès à la première ou seconde année du deuxième cycle dépend des capacités d'accueil fixées par l'établissement figurent en annexe, avec les capacités d'accueil correspondantes ", la capacité d'accueil pour le master auquel Mme A a candidaté ayant été fixé à cinquante-deux. L'article 3 de cette même délibération dispose : " L'admission dans une formation est prononcée par le président de l'université après avis consultatif du ou des enseignants chargés du recrutement de la formation, désignés par arrêté. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que l'université Paris Nanterre a reçu neuf cent quatre-vingt-quinze candidatures au master 1 " Psychologie clinique, psychopathologie et psychologie de la santé : approche psychanalytique " pour une capacité d'accueil de cinquante-deux places, que cent quarante candidatures ont été classées et que la candidature de la requérante a été non classée. L'université produit également l'avis de la commission pédagogique sur la candidature de la requérante indiquant " vos acquis académiques antérieurs ne vous permettent pas d'accéder à cette formation, en particulier dans les matières suivantes : psychologie clinique psychanalitique ". Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige aurait été prise sur le fondement de motifs autres que ceux des titres, diplômes, mérites ou motivation de l'intéressée tels que ces éléments ont été mis en valeur dans son dossier de candidature. Dans ces conditions, et alors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier l'adéquation entre le dossier de la requérante et le parcours sollicité, il ne ressort pas des pièces du dossier que le président de l'université de Paris Nanterre a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'admettre Mme A en première année du master " Psychologie clinique, psychopathologie et psychologie de la santé : approche psychanalytique ". Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 719-7 du code de l'éducation : " Les décisions des présidents des universités et des présidents ou directeurs des autres établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel ainsi que les délibérations des conseils entrent en vigueur sans approbation préalable, à l'exception des délibérations relatives aux emprunts, prises de participation et créations de filiales mentionnées à l'article L. 719-5 et sous réserve des dispositions du décret prévu à l'article L. 719-9. Toutefois, les décisions et délibérations qui présentent un caractère réglementaire n'entrent en vigueur qu'après leur transmission au recteur de région académique, chancelier des universités. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du conseil d'administration de l'université Paris Nanterre n°2022/00569 relative aux admissions en Master subordonnées à l'examen du dossier du candidat pour l'année universitaire 2023-2024 en date du 12 décembre 2022 a été transmise au recteur académique, par courriel du 3 février 2023, dont le recteur a accusé réception. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que ladite délibération litigieuse n'a pas été transmise au recteur et n'est par suite pas entrée en vigueur, privant ainsi de base légale la décision en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de Mme A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Da Silva et à l'université Paris Nanterre.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Zaccaron Guérin, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

E. Chaufaux

La présidente,

signé

S. EdertLe greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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