Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311190

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme A, qui contestait le refus de la CAF du Val-d'Oise de lui remettre une dette de 4 369,98 euros correspondant à un indu d'allocation de logement familiale (ALF). Le juge a estimé que, bien que l'erreur de déclaration de ressources soit de bonne foi, la situation financière de Mme A, avec un reste à vivre mensuel de 1 500 euros pour trois personnes, ne caractérisait pas une précarité justifiant une remise de dette. La décision s'appuie sur les articles L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation et L. 553-2 du code de la sécurité sociale, qui subordonnent la remise à une situation de précarité, sauf en cas de fraude ou fausses déclarations.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juillet 2023 et 30 avril 2024, Mme B A demande l'annulation de la décision du 18 avril 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) du Val-d'Oise a refusé de lui remettre sa dette de 4 369,98 euros, correspondant à un indu d'allocation de logement familiale (ALF).

Elle soutient que :

- l'erreur de déclaration de ressources qu'elle a commise est une erreur de bonne foi ;

- ses ressources et charges actuelles ne lui permettent pas de faire face aux remboursements des sommes qui lui sont réclamées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, la CAF du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête, faisant valoir que les conditions d'octroi d'une remise de dette ne sont pas remplies.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée,

- et les observations de Mme A, présente.

La clôture de l'instruction a été reportée, à l'issue de l'audience publique, au 11 octobre 2024 à 12h00, pour permettre aux parties d'apporter des pièces complémentaires au soutien de leurs écritures.

Des pièces ont été produites par Mme A le 3 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 18 avril 2023, la CAF du Val-d'Oise a refusé de faire droit à la demande de remise de dette de Mme A portant sur la somme de 4 369,98 euros en conséquence d'un indu d'ALF.

2. Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". Le premier alinéa de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale dispose : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () ". Aux termes du cinquième alinéa de ce même article L. 553-2, la créance de l'organisme peut toutefois être réduite ou remise " en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations.

3. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'un allocataire ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

4. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'allocation, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

5. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige a pour origine les déclarations de ressources de Mme A, qui a déclaré par erreur ses salaires après abattement pour frais professionnels. Dès lors, Mme A doit être regardée comme ayant commis une erreur de bonne foi, ce que la CAF ne conteste pas sérieusement.

6. Toutefois, le foyer de Mme A, composé de son conjoint, de son fils né en 2022 et d'elle-même, justifie actuellement d'un niveau de ressources mensuelles (salaires et prestations sociales) d'un montant moyen de 3 500 euros et de charges mensuelles contraintes (loyer, eau, énergie, assurance santé, assurance automobile, garde d'enfant) d'un montant moyen mensuel de 2 000 euros, soit un reste à vivre mensuel de 1 500 euros pour trois personnes. Dès lors et compte tenu du montant de l'indu, Mme A ne justifie d'une situation de précarité financière. Par suite, c'est à bon droit que sa demande de remise de dette a été refusée.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La magistrate désignée,

M. MonteagleLa greffière,

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.