Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311258
mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2311258 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELAS NAUSICA |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 août 2023, M. E C et Mme B A, agissant en qualité de représentants légaux de leur fils mineur, M. D C, représentés par Me Fouret, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 août 2023 par laquelle le recteur de l'académie de Versailles a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire exercé contre la décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille de leur fils et leur a enjoint de le scolariser dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé au titre de l'année scolaire 2023-2024 ;
2°) d'enjoindre à titre principal au recteur de l'académie de Versailles de leur délivrer une autorisation d'instruire leur fils en famille sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation et, à titre subsidiaire, de reconsidérer la situation de leur fils ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dès lors que le rectorat devait contrôler uniquement l'adéquation du projet éducatif à la situation de leur fils et non porter une appréciation sur l'existence d'une situation propre à leur fils ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par les stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il y a lieu de constater le désistement d'office des requérants dès lors qu'ils n'ont pas confirmé le maintien de leur requête à fin d'annulation suite au rejet de leur demande de suspension de la décision en litige ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chaufaux,
- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C et Mme A ont sollicité le 28 mai 2023 auprès du rectorat de l'académie de Versailles l'autorisation d'instruire en famille leur fils D C, né le 9 décembre 2020, au titre de l'année scolaire 2023-2024 sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation. Leur demande a été rejetée par une décision en date du 5 juillet 2023. Le 17 juillet 2023, ils ont exercé un recours administratif préalable obligatoire qui a également été rejeté par une décision du 2 août 2023 de la commission de l'académie de Versailles. Par la présente requête, M. C et Mme A demandent au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit donné acte du désistement d'office des requérants :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative : " En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté. / Dans le cas prévu au premier alinéa, la notification de l'ordonnance de rejet mentionne qu'à défaut de confirmation du maintien de sa requête dans le délai d'un mois, le requérant est réputé s'être désisté ".
3. Par une ordonnance n°2310709 du 28 août 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. C et Mme A tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 2 août 2023 en litige au motif qu'aucun moyen n'était propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. Or, il ressort des pièces du dossier que par une lettre enregistrée le 29 août 2023, les requérants ont maintenu leur requête tendant à l'annulation de la décision en litige Il s'ensuit que les conclusions du recteur de l'académie de Versailles tendant à ce qu'il soit donné acte du désistement d'office des requérants en application des dispositions citées au point précédent ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. () L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. () La décision de refus d'autorisation fait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret. () ".
5. Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part, dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.
6. Les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation prévoyant la délivrance par l'administration, à titre dérogatoire, d'une autorisation pour dispenser l'instruction dans la famille en raison de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ", ces dispositions, telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, et d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.
7. Si les requérants soutiennent que la situation propre à l'enfant mentionnée à cet article peut résulter, notamment, et dans son intérêt, de la pédagogie mise en place et s'entend donc comme le fait de proposer un projet sérieux comportant l'essentiel de l'enseignement adapté à l'enfant sans aucune autre exigence ou considération à prendre en compte, la seule réalité du projet sérieux et son adaptation à l'enfant qui en est l'objet permettant de remplir la condition posée par le 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, il résulte de ce qui précède que l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant un projet d'instruction dans la famille est au nombre des éléments que l'autorité administrative doit contrôler avant de se prononcer sur une demande d'autorisation d'instruction en famille fondée sur un tel motif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
8. En second lieu, il ressort du projet éducatif présenté par M. C et Mme A qu'ils ont entendu justifier la situation propre à leur enfant par les signes de sensibilités sensorielles, notamment d'hyposensibilité visuelle, d'hyposensibilité de système vestibulaire et d'hypersensibilité auditive, présentés par D. Toutefois, ils ne produisent aucun document, notamment médical, au soutien de leurs allégations. Par ailleurs, s'ils font valoir que le frère ainé D bénéficie de l'instruction dans la famille, cette circonstance n'est toutefois pas de nature à elle seule à caractériser l'existence d'une situation propre à l'enfant de nature à justifier qu'il soit également instruit selon de telles modalités. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une scolarisation D dans un établissement d'enseignement, qui ne peut être regardée comme portant, en elle-même, atteinte à son intérêt supérieur, serait de nature à mettre en danger sa santé, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, qu'elle méconnaîtrait l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par les stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et qu'elle porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C et Mme A doit être rejetée.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. C et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, Mme B A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Zaccaron Guérin, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
E. Chaufaux
La présidente,
signé
S. EdertLe greffier,
signé
F. Lux
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.