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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2311437

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311437

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantTHISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2023, M. B C, représenté par Me Thisse, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 18 600 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal capitalisés ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable des Hauts-de-Seine le 27 novembre 2019 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy - Pontoise du 28 janvier 2021 n'a pas été exécutée ;

- il a subi en conséquence un préjudice moral et des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence jusqu'à son relogement le 2 juin 2023, dès lors qu'il était jusqu'à cette date dépourvu de logement et hébergé ponctuellement chez des tiers ou à l'hôtel, alors même qu'il souffre de problèmes de santé.

Un mémoire en défense a été enregistré le 22 mars 2024 pour le préfet des Hauts-de-Seine qui informe le tribunal du relogement du requérant le 2 juin 2023.

Vu :

- la décision en date du 27 mars 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. C ;

- l'ordonnance n°2009049 du 28 janvier 2021 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. C sous astreinte de 200 euros par mois de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 27 novembre 2019, désigné M. C comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par une ordonnance n° 2009049 du 28 janvier 2021, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement avant le 1er avril 2021, sous astreinte de 200 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. C a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier en date du 6 mars 2023, reçu deux jours plus tard par l'administration. Cette demande a été implicitement rejetée. M. C demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 18 600 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. Par ailleurs, doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. A cet égard, sont réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.

5. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 27 novembre 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. C au motif qu'il était dépourvu de logement ou hébergé chez un tiers. Par une ordonnance n°2009049 du 28 janvier 2021, le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a ensuite enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. C sous astreinte de 200 euros par mois de retard. Le préfet n'a toutefois pas fait d'offre de logement au requérant, engageant ainsi la responsabilité de l'État à raison de ces carences fautives. Or, il résulte de l'instruction que jusqu'au 2 juin 2023, date à laquelle M. C a été relogé, ce-dernier qui, au demeurant, souffre de handicap, était domicilié au centre communal d'action social de la ville de Clichy, et hébergé ponctuellement chez des tiers ou à l'hôtel. La persistance de cette situation à partir du 27 mai 2020, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, et ce jusqu'au 2 juin 2023, a causé à M. C des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Cependant, si M. C prouve être père de trois enfants nés en 2001, 2003, 2011, ceux ni sont pas rattachés à son foyer fiscal, et, par suite, ne sauraient être regardés comme étant à sa charge.

6. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. C qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 1 100 (mille cent) euros.

Sur les frais liés au litige :

7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Thisse, conseil de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Thisse de la somme de 1 080 (mille quatre-vingts) euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'État versera à M. C la somme de 1 100 (mille cent) euros.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 (mille quatre-vingts) euros à Me Brochard, conseil de M. A, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Thisse et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 8 avril 2024

La magistrate désignée,

signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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