Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311458

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311458
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné la requête de M. A, ressortissant guinéen, contestant la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 9 mars 2023 classant sans suite sa demande de renouvellement de titre de séjour. Le tribunal a d'abord admis provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Sur le fond, il a jugé que le refus d'enregistrement de la demande, motivé par une appréciation sur le droit au séjour, constitue un refus de titre de séjour faisant grief et est donc recevable. Cependant, le tribunal a rejeté la requête en considérant que le préfet ne s'était pas fondé sur l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile invoqué par le requérant, et que ce dernier n'apportait pas la preuve d'un droit au renouvellement de son titre "étudiant" sur le fondement de l'article L. 422-1 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 août et 8 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Riachy, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 9 mars 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a clôturé sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'intervalle dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision en litige a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision contestée ne fait pas grief ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier Heissler, rapporteure,

- les observations de Me Riachy, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 15 décembre 2002, est entré en France, selon ses déclarations, le 8 avril 2019, en tant que mineur non accompagné et pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) des Hauts-de-Seine depuis le 8 avril 2019. Il a obtenu un certificat d'aptitude professionnel en 2021 dans le cadre de ses études au lycée Issac Newton et un baccalauréat professionnel, le 4 juillet 2023, dans le même établissement. Il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant - élève " valable du 7 janvier 2022 au 6 janvier 2023. Le 6 novembre 2022, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié- travailleur temporaire " et le 9 janvier 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre " étudiant-élève ". Par une décision du 9 mars 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. () " Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

4. Le refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour, lorsqu'il est motivé par une appréciation portée sur le droit de l'étranger à obtenir un titre de séjour et non sur le seul caractère incomplet du dossier, constitue un refus de titre de séjour à l'encontre duquel l'étranger est recevable à se pourvoir.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " élève-étudiant " valide jusqu'au 6 janvier 2023 et dont il a demandé le renouvellement. Si le requérant soutient avoir bénéficié d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 précité, il ne le démontre pas et le préfet ne s'est pas fondé sur ces dispositions pour prendre la décision en litige. Le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande au motif que l'intéressé n'a pas transmis les pièces justifiant de ses ressources comme l'exigent les dispositions de l'article L. 422-1 précité. Il s'ensuit que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur de droit en classant sans suite la demande au motif de l'incomplétude du dossier.

6. Dans ces conditions, la décision de classement sans suite est fondée sur le seul caractère incomplet du dossier. Par suite, cette décision ne constitue pas une décision faisant grief et le préfet des Hauts de Seine est fondé à soutenir que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A sont irrecevables.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Jacquinot, conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

Signé

T. BertonciniLa greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2311458