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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2311568

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311568

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311568
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantBALIKCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 8 mars 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, ensemble la décision du 17 mai 2023 rejetant son recours gracieux dirigé contre la décision initiale ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de réexaminer sa situation et de reconnaitre sa demande de logement social comme prioritaire et urgente ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance.

Il soutient que :

- il vit dans un studio de 32 mètres carrés avec sa compagne et ses enfants ; ce logement est donc suroccupé ;

- il est demandeur de logement social depuis de nombreuses années ; faute de renouvellement, il avait été radié mais a renouvelé sa demande le 22 décembre 2022 ; il a également saisi trois fois la commission de médiation et deux fois le tribunal administratif ;

- leur logement présente un caractère insalubre.

- la mère des enfants réside bien avec eux.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés les 26 juin et 30 septembre 2024, le préfet conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu

- la décision attaquée ;

- les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée ;

- et les observations de M. A.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue urgente et prioritaire en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 17 mai 2023, la commission de médiation a rejeté son recours amiable. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " () II.-La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; / -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; / -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; / -être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; / -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. ". Aux termes de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus.".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

4. Par une décision prise lors de sa séance du 8 mars 2023, la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté le recours amiable présenté par M. A et tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgente de sa demande de logement social au motif que la non décence du logement occupé n'était pas établie, et que si l'intéressé résidait, avec sa famille, dans un logement suroccupé, sa demande de logement social avait été radiée le 15 novembre 2022 pour non renouvellement et ne pouvait être considérée comme étant en cours de validité. Par sa décision du 17 mai 2023, la commission de médiation a rejeté le recours gracieux du requérant aux motifs que la non décence du logement occupé n'était pas établie, que si le demandeur résidait dans un logement suroccupé, ses démarches préalables présentaient un caractère récent et que l'instruction avait fait apparaitre des incohérences concernant la composition de sa cellule familiale. Ainsi, en fondant sa décision de rejet du recours gracieux formé par M. A des motifs différents de ceux de sa décision initiale, la commission de médiation a entendu rapporter cette décision initiale et lui substituer la décision rendue sur recours gracieux. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent donc être regardées comme dirigées exclusivement contre cette dernière décision.

5. Or, à l'appui de sa demande d'annulation de cette décision, M. A ne conteste utilement aucun des motifs de rejet opposés par la commission en se bornant à soutenir qu'il réside, avec sa compagne et leurs trois enfants, dans un logement de 32, 60 mètres carrés qui est donc suroccupé, situation reconnue par la commission de médiation, que sa demande de logement social a été présentée de longue date mais qu'il avait omis de la renouveler avant de reprendre ses démarches en décembre 2022 soit quatre jours avant l'introduction de son recours amiable devant la commission. L'intéressé n'établit pas davantage la situation d'insalubrité dont il se prévaut en produisant un rapport établi par le service d'hygiène de la commune d'Asnières-sur-Seine qui ne conclut pas à l'insalubrité ou à la non décence du logement mais à l'existence de manquements au règlement sanitaire départemental des Hauts-de-Seine remédiables par la réalisation de travaux incombant au bailleur. Les moyens invoqués par M. A ne peuvent donc qu'être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction, de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et relatives aux dépens, l'État n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La magistrate désignée,

H. Lepetit-Collin

La greffière,

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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