Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311582
lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2311582 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une régularisation enregistrées les 9 août et 22 octobre 2023, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du 7 juin 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social.
Il soutient que :
- il n'a pu fournir les pièces obligatoires demandées par la commission de médiation pour compléter son dossier dans le délai imparti en raison d'un voyage au Libéria qu'il n'a pu annuler ; il en a cependant informé la commission de médiation ;
- la commission de médiation lui a laissé la possibilité de produire les documents demandés, jusqu'au 10 juillet 2023 ; elle les a reçus le 7 juin 2023.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que l'affaire peut être regardée comme en état d'être jugée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée,
- les observations de M. A.
La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision en date du 7 juin 2023, dont M. A demande l'annulation, la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; () ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.
4. Pour rejeter le recours amiable présenté par M. A, il ressort des termes de la décision attaquée que la commission de médiation a estimé que le recours présenté par l'intéressé n'était pas recevable et devait par voie de conséquence être rejeté, dès lors que M. A n'avait pas fourni, malgré les demandes du service instructeur en ce sens en date du 17 mars 2023, les pièces justificatives de sa situation attestant de l'indécence de son logement, dans le délai d'un mois qui lui était imparti. La commission de médiation lui a également opposé deux motifs tirés de ce que, d'une part, la non décence du logement occupé n'était pas avérée en l'absence de rapport du service d'hygiène, et, d'autre part, que le logement occupé par le requérant ne pouvait être regardé comme non décent au sens du décret du 30 janvier 2002.
5. A l'appui de sa demande d'annulation de cette décision, M. A soutient qu'étant sur le point de partir en voyage au Libéria, il n'a pu envoyer les documents demandés par la commission de médiation dans les délais qui lui étaient impartis par le courrier de demande de pièces complémentaires qui lui avait été adressé par la commission soit avant le 17 avril 2024, mais qu'il l'en avait avisée par courrier le 23 mars 2023. En outre et surtout, il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 20 avril 2024, postérieur au délai de production de pièces complémentaires initialement fixé donc, la commission de médiation a rappelé à M. A qu'il avait été invité à produire des éléments et que si son dossier était encore incomplet, l'instruction reprenait, la commission étant amenée à se prononcer avant le 10 juillet 2023. Or, il ressort des pièces du dossier ainsi que des visas de la décision attaquée, que M. A a produit le document demandé par la commission de médiation le 7 juin 2023. Dès lors, et dans les circonstances de l'espèce, à la date de sa séance, la commission de médiation des Hauts-de-Seine ne pouvait donc rejeter le recours de M. A comme irrecevable car incomplet sans entacher sa décision d'une erreur de droit. Le premier motif de la décision attaquée est donc entaché d'erreur de droit.
6. Toutefois, la commission de médiation a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que la non décence du logement occupé par le requérant n'était pas établie dès lors que le rapport produit par M. A à cette fin, se borne à constater des désordres de manière non circonstanciée, sans assortir ces constatations de photographies permettant d'en apprécier la réalité et donc de manière non probante.
7. Il résulte de ce qui précède que si le premier motif de la décision attaquée est entaché d'une erreur de droit, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que les deux autres motifs de la décision attaquée. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 7 juin 2023 par laquelle la commission de médiation a rejeté son recours amiable. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que M. A présente un nouveau recours amiable auprès de la commission de médiation des Hauts-de-Seine en l'assortissant des documents nécessaires et notamment de documents plus circonstanciés concernant sa situation de mal logement.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La magistrate désignée
signé
H. Lepetit-Collin
La greffière,
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière