Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311637

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par M. B d’un recours en excès de pouvoir contre une décision de la commission de médiation des Hauts-de-Seine rejetant sa demande de logement social prioritaire et urgent. La commission avait motivé son refus par l’existence d’une dette locative importante, estimant que M. B ne justifiait pas de circonstances indépendantes de sa volonté. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que le requérant ne contestait pas utilement ce motif. La décision s’appuie sur les articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 août 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision en date du 19 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, ensemble la décision en date du 13 mars 2024 par laquelle la commission de médiation a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision initiale.

Il soutient que :

- il est menacé d'expulsion ;

- il a précisé à la commission de médiation ne pas avoir eu recours à un professionnel pour faire constater l'indécence de son logement, et qu'il n'existe pas de service communal d'hygiène dans sa commune.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que les décisions attaquées sont fondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision en date du 19 juillet 2023, la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande. Par une décision en date du 13 mars 2024, la commission de médiation a rejeté le recours gracieux de M. B.

Sur l'étendue du litige :

2. En fondant sa décision de rejet du recours gracieux formé par M. B sur un motif différent de celui motivant la décision initiale, la commission de médiation a entendu rapporter cette décision initiale et lui substituer la décision rendue sur recours gracieux. Par suite, le recours formé devant le tribunal administratif par M. B ne peut être regardé que comme dirigé contre la décision de rejet de son recours gracieux qui a fait disparaître de l'ordonnancement juridique la décision initiale.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable () dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 () ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

5. Par sa décision en date du 13 mars 2024, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours gracieux de M. B au motif que si le demandeur résidait dans un logement manifestement suroccupé et était menacé d'expulsion, il n'apportait pas la preuve que des éléments indépendants de sa volonté aient pu justifier qu'il ne respecte pas ses obligations essentielles à l'égard de son bailleur, l'instruction ayant fait apparaitre qu'il avait contracté une dette locative de 12 503, 82 euros au 31 décembre 2023.

6. Or M. B ne conteste pas utilement ce motif de rejet en soutenant qu'il n'a pas été en mesure d'établir l'indécence de son logement faute d'avoir pu faire venir un professionnel, la commune de Vaucresson n'étant pas dotée de service d'hygiène.

7. Il résulte dès lors de ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée.

D É C I D E :

Article 1erer : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La magistrate désignée

signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière