Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311668

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 23 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise refusait de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain. Le juge a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en considérant que la présentation d'une fausse carte d'identité lors de l'embauche ne constituait pas une menace pour l'ordre public. Le tribunal a relevé que l'intéressé justifiait d'une expérience professionnelle stable de plus de trois ans et demi, constituant des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Il a enjoint au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié" dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 18 août 2023, 15 septembre 2023 et 4 juin 2024, M. A B, représenté par Me Azoulay-Cadoch, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours et de le convoquer à un rendez-vous dans un délai d'un mois et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de le munir d'un récépissé et de le convoquer à un rendez-vous dans les mêmes conditions de délai et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'une incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire Valls ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Debourg, conseillère,

- et les observations de Me Lebon, substituant Me Azoulay-Cadoch et représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 7 juillet 1994 à Ouled Temaa, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 23 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment des bulletins de salaire produits que M. B a conclu un contrat à durée indéterminée avec la société LVM le 2 janvier 2020 au sein de laquelle il travaille en qualité d'ouvrier. Par conséquent, l'intéressé justifie d'une expérience professionnelle stable et conséquente, d'une durée de plus de trois ans et demi à la date de la décision litigieuse. Dans ces conditions, et alors que contrairement à ce qu'a retenu le préfet dans sa décision, le seul fait d'avoir présenté une fausse carte d'identité française lors de son embauche n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une menace pour l'ordre public, le requérant justifie de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il est donc fondé à soutenir qu'en refusant de l'admettre au séjour, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2023 du préfet du Val-d'Oise.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. B une carte temporaire de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser au requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 23 juin 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. B une carte temporaire de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Fabas, conseillère ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2311668