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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2311744

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311744

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCHORNSTEIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 juillet 2023 et le 11 juin 2024, M. A B, représenté par Me Schornstein, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou à toute autorité administrative compétente de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, portant la mention " salarié ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes délais sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa demande de titre de séjour n'a été analysée que sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il a déposé une demande de titre sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et est à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision refusant de l'admettre au séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 juillet 2023 et le 2 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par jugement n°s 2309967 et 2309968 du 31 juillet 2023, rectifié d'une erreur matérielle par ordonnance du président du tribunal du 21 août 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal a renvoyé en formation de jugement collégiale les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 27 juin 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour.

Par ordonnance du 12 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 juillet 2024 à 12 heures.

Par une décision du 22 avril 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cordary, première conseillère,

- et les observations de Me Schornstein, représentant M. B, présent.

Une note en délibéré a été produite le 7 octobre 2024 pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né le 12 octobre 1984, est entré sur le territoire français le 15 juillet 2011, et a été muni d'une carte de séjour " parent d'enfant français " régulièrement renouvelée jusqu'au 16 janvier 2021. Le 17 mai 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'étendue du litige :

2. Par le jugement n°s 2309967 et 2309968 du 31 juillet 2023, rectifié d'une erreur matérielle par ordonnance du président du tribunal du 21 août 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal a, d'une part, rejeté les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, ensemble les conclusion à fin d'injonction y afférentes, et, d'autre part, renvoyé à une formation collégiale les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour et les conclusions accessoires qui s'y rapportent. Seules les conclusions ainsi renvoyées devant la formation collégiale demeurent donc en litige.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

3. Aux termes de l'article L.614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure () ". Selon l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " II. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. ".

4. Le préfet fait valoir en défense que, la décision attaquée ayant été notifiée par voie administrative le 19 juillet 2024 à 15 heures 20, la requête de M. B, qui a été déposée le 21 juillet 2024 à 19 heures 19, est tardive. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a refusé de signer l'arrêté attaqué comme lui ayant été notifié. Par ailleurs, alors que le préfet indique que la décision attaquée a été " lue par l'intéressé " et non " lue par l'interprète ", il ne justifie pas que les garanties procédurales auxquelles M. B avait droit ont été respectées. Dès lors, le délai indiqué par les dispositions précitées de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut trouver à s'appliquer en l'espèce. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir soulevée par le préfet doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée - UE ". Selon le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. Pour refuser à M. B le renouvellement de son titre de séjour, le préfet s'est fondé, d'une part, sur ce que ce dernier, qui a été condamné à une peine de quatre ans d'emprisonnement dont un an avec sursis le 21 octobre 2019 par la cour d'appel de Versailles pour des faits de violences habituelles sur conjoint et pour des menaces de morts réitérées sur conjoint du 1er mai 2015 au 21 mai 2019, et pour des faits de violences habituelles sur mineur de moins de quinze ans du 24 novembre 2018 au 21 mai 2019, constitue une menace pour l'ordre public, et, d'autre part, sur ce que le juge aux affaires familiales a, par un jugement du 9 décembre 2019, accordé l'exercice exclusif de l'autorité parentale à la mère de son enfant française née le 5 décembre 2015. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, à la suite d'une demande spontanée des deux parents, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Nanterre, par un jugement du 8 décembre 2022, a accordé à M. B un droit de visite médiatisée une fois par mois, durant une heure et a mis à sa charge la somme de 100 euros par mois au titre de la contribution à l'entretien et l'éducation de l'enfant, soulignant notamment que le requérant avait spontanément et à plusieurs reprises versé une somme de 150 euros à la mère de l'enfant. Il a également sollicité une expertise psychiatrique du requérant, notamment pour " faire des propositions sur les modalités d'exercice de l'autorité parentale et le droit de visite et d'hébergement susceptible d'être accordé au père ". A ce titre, un rapport médico-psychologique de juin 2023 a préconisé un droit de visite et d'hébergement qui doit pouvoir être progressivement introduit sur une année, commençant par une demi-journée par droit de visite, pour ensuite arriver à " un droit de visite et d'hébergement classique de deux week-ends par mois et la moitié des petites vacances plus une semaine en juillet et une semaine en août ". Le rapport signale également qu'à l'issue de l'année, " il sera possible de réévaluer le problème de l'autorité parentale et de rendre l'autorité parentale partagée entre les deux parents ". Dans ces conditions, M. B, qui suit actuellement un processus de restauration du lien avec son enfant décidé par le juge aux affaires familiales, est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine, en refusant de l'admettre au séjour, à méconnu les stipulations précitées du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 juin 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. A ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Schornstein, conseil de M. B, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision du 27 juin 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Schornstein, conseil de M. B, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CORDARY

La présidente,

Signé

C. ORIOLLa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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