Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311886
jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2311886 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête, enregistrée le 22 août 2023 sous le numéro 2311886, M. A, représenté par Me Persidat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 juin 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La clôture d'instruction a été fixée au 6 mai 2024, par une ordonnance du 5 mars 2024. Les mémoires en défense, produits par le préfet du Val-d'Oise le 7 mai 2024 et le 3 octobre 2024, postérieurement à cette clôture, n'ont pas été communiqués.
II- Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024 sous le numéro 2407692, M. A, représenté par Me Persidat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet du Val-d'Oise a produit des pièces, enregistrées le 22 août 2024, et invité le tribunal à rejeter la requête de M. A.
Par un courrier du 30 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 juin 2023 dès lors que l'arrêté du 24 avril 2024 a procédé à son abrogation.
Par un mémoire du 30 septembre 2024, M. A, représenté par Me Persidat, a répondu au moyen d'ordre public relevé par le tribunal.
Par un courrier du 2 octobre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 juin 2023 dès lors que l'arrêté du 6 mai 2024 a procédé à son abrogation implicite.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 31 décembre 1987, déclare être entré sur le territoire français en juin 2013. Le 14 décembre 2021, il a sollicité une admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande par un arrêté du 3 octobre 2022 par lequel il a également obligé M. A à quitter le territoire français. Par jugement n° 2214761 du 10 mai 2023, le tribunal administratif a annulé cet arrêté et enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de M. A. Par une décision du 20 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a à nouveau rejeté la demande de M. A et par un arrêté du 6 mai 2024, il a également rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par les présentes requêtes, M. A demande l'annulation de la décision du 20 juin 2023 et de l'arrêté du 6 mai 2024.
Sur la jonction :
2. Les requêtes de M. A enregistrées sous les numéros 2311886 et 2407692 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée ou abrogée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision.
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 20 juin 2023, attaquée dans la requête n° 2311886, a été implicitement abrogée, en cours d'instance, par l'arrêté du 6 mai 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 20 juin 2023, ni, par voie de conséquence, sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 6 mai 2024 :
5. En premier lieu, par arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme B C, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français avec fixation d'un pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A dès lors, notamment, que celui-ci n'a pas été empêché de présenter de nouveaux éléments auprès de la préfecture et que son activité professionnelle a été examinée, de même que sa situation familiale et la circonstance qu'il est père d'un enfant né en France. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen dont ces décisions seraient entachées ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé. Cette dernière peut en revanche tenir compte le cas échéant, au titre des buts poursuivis par la mesure d'éloignement, de ce que le ressortissant étranger en cause ne pouvait légalement entrer en France pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure.
9. Pour rejeter la demande d'admission au séjour de M. A, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur ce que s'il déclare travailler depuis 2017 et a produit des bulletins de salaire de janvier 2017 à février 2022 accompagnés d'une demande d'autorisation de travail, la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère a rendu un avis défavorable le 11 août 2022 au motif de l'absence de pièces obligatoires au dossier malgré ses demandes adressées à l'employeur. Par ailleurs, il indique que M. A est célibataire, non dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident sa mère, sa fratrie, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans et que le fait d'être parent d'un enfant né en France n'ouvre aucun droit particulier au séjour. Il ajoute que M. A a utilisé une fausse carte d'identité italienne pour faciliter son embauche, qu'un signalement auprès du procureur de la République a été réalisé et que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 19 septembre 2017, confirmée par jugement du tribunal administratif du 22 décembre 2017, qu'il n'a pas exécutée. Si M. A justifie d'une présence en France et d'une activité professionnelle de plus de cinq ans, de janvier 2017 à février 2022, ainsi que d'une demande d'autorisation de travail, il ne justifie en revanche pas d'une activité professionnelle entre mars 2022 et mai 2024. Par ailleurs, s'il justifie qu'il est père d'un enfant né en France, il n'établit pas participer à son entretien et à son éducation par les pièces versées à l'instance, alors par ailleurs qu'il ne justifie pas de liens personnels ou familiaux intenses, anciens et stables sur le territoire. Ainsi, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée. Dès lors, contrairement à ce que soutient M. A, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 6 mai 2024 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction sous astreinte correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 juin 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande d'admission au séjour de M. A, ni sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
A. GAY-HEUZEY
La présidente,
Signé
C. ORIOL
La greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
2 - 240769