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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2311907

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311907

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311907
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDAURELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 août 2023, M. B A C, représenté par MeDaurelle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de résident et en a refusé le renouvellement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de condamner l'État à lui verser la somme de 5 000 euros au titre du préjudice subi à raison de l'illégalité des décisions en cause ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 100 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions en litige ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles sont entachées d'un défaut de base légale ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la précarité de sa situation administrative lui a causé un préjudice d'anxiété.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision de retrait de la carte de résident ayant été prise postérieurement à sa date d'expiration, il n'y a pas lieu de statuer sur cette décision ;

- les conclusions indemnitaires du requérant, qui n'ont pas été précédées d'une réclamation préalable adressée à l'administration, sont irrecevables ;

- pour le surplus des conclusions, les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller ;

- les observations de Me Daurelle, représentant M. A C ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant égyptien né le 2 décembre 1957, entré sur le territoire français le 25 août 1993, titulaire d'une carte de résident valable du 23 avril 2012 au 22 avril 2022, en a sollicité le renouvellement le 4 février 2022. Par un arrêté du 20 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de résident sur le fondement de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il avait été condamné pour exercice de travail dissimulé, a rejeté sa demande de renouvellement et lui a délivré une carte de séjour valable un an. M. A C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Le préfet des Hauts-de-Seine, qui doit être regardé comme soulevant une fin de non-recevoir tirée du caractère superfétatoire de la décision de retrait de la carte de résident et non une exception de non-lieu, soutient qu'à la date de son retrait, la carte de résident avait expiré. Il ressort des pièces du dossier que la carte de résident de M. A C, dont le préfet des Hauts-de-Seine a décidé le retrait par son arrêté du 20 décembre 2022, a expiré le 22 avril 2022, soit antérieurement à cet arrêté. La décision de retrait revêtait ainsi un caractère superfétatoire, et était, par suite, insusceptible de faire grief au requérant, à la situation duquel elle n'a apporté aucune modification. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision, laquelle est insusceptible de recours, sont irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de refus de renouvellement :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de renouvellement de la carte de résident opposée à M. A C, ne comporte aucune considération de droit et de fait. Il suit de là que cette décision en cause est entachée d'un défaut de motivation, et doit dès lors, être annulée.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

6. En l'espèce, M. A C ne conteste pas qu'il n'a pas formé de demande préalable indemnitaire auprès de l'administration. Ainsi, en l'absence de toute décision explicite ou même implicite rejetant une telle demande, les conclusions indemnitaires de la requête doivent, ainsi que le fait valoir le préfet des Hauts-de-Seine, être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, les moyens de légalité interne n'apparaissant pas fondés en l'état de l'instruction, le présent jugement implique seulement que le préfet des Hauts-de-Seine réexamine la situation de M. A C, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à M. A C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 20 décembre 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé à M. A C le renouvellement de sa carte de résident est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. A C dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. A C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2311907

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