jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2311922 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | WEINBERG |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2310298 du 8 septembre 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a renvoyé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. C A, enregistrée le 30 août 2023 au greffe de ce tribunal.
Par cette requête et un mémoire complémentaire enregistré le 2 octobre 2023, M. A, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder sans délai à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- méconnaît les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- est entaché d'une erreur de droit ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Robert comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 2 octobre 2023 :
- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;
- les observations de Me Weinberg qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir, en outre, que le requérant renonce à se prévaloir du moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige et que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant congolais né le 12 décembre 1983, M. C A déclare être entré irrégulièrement en France le 16 novembre 2016. Par un arrêté du 10 décembre 2017, le préfet le police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi. Le 29 septembre 2019, le préfet du Pas-de-Calais l'a obligé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Le 29 août 2023, l'intéressé a été interpellé pour des faits de violences conjugales sur une personne vulnérable, en présence de mineurs et avec une incapacité supérieure à huit jours. Par un arrêté pris le jour même, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A sollicite l'annulation de cet arrêté.
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans délai des motifs des décisions individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques, ou de manière générale, constituent une mesure de police (). " Aux termes de l'article L.211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. En l'espèce, l'arrêté attaqué mentionne les textes sur lesquels reposent ses décisions. Par ailleurs, il comporte des motifs de fait, non stéréotypés, rappelant l'identité, la nationalité et les conditions d'entrée sur le territoire français ainsi que la situation administrative, personnelle et familiale du requérant. En outre, il mentionne les motifs pour lesquels le préfet l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Au surplus, l'exigence de motivation n'implique pas que l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation du requérant. Dès lors, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre son arrêté. Si le requérant soutient qu'il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 27 février 2023, il ressort des pièces du dossier qu'il a présenté auprès du tribunal administratif de Montreuil le 31 août 2023 une requête dirigée contre l'arrêté portant refus de cette demande. Ainsi, M. A ne peut sérieusement soutenir que sa demande d'admission au séjour était en cours d'instruction lors de l'édiction de l'arrêté en litige. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision d'éloignement implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter préalablement, de manière utile et effective, ses observations sur l'irrégularité de son séjour sur le territoire national et ses motifs, dès lors qu'il n'a pas formé antérieurement de demande d'admission au séjour à l'occasion de laquelle il aurait pu faire valoir ses observations.
6. M. A invoque le non-respect de la procédure contradictoire garantie par les stipulations précitées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a été auditionné le 29 août 2023 par les services de la police nationale à la suite de son interpellation. A cette occasion, ont été abordés les conditions de son entrée et de son séjour en France, ses moyens de subsistance ainsi que sa situation personnelle. Le requérant a ainsi pu, avant l'édiction de l'arrêté pris à son encontre, faire valoir les éléments qui auraient pu faire obstacle à cette mesure et à son retour dans son pays d'origine. En outre, il n'est pas établi que M. A disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure contestée et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles d'y faire obstacle. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu le principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
7. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. A soutient résider en France en 2016 et être le père de trois enfants issus de sa relation avec une compatriote en situation régulière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal du 27 août 2023 et du compte rendu d'enquête du 29 août 2023, que le requérant a commis des faits de violences sur sa compagne, lui ayant causé une incapacité temporaire de travail supérieure à huit jours, et que ces faits ont été commis en présence de leurs enfants. En outre, il ne justifie pas qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Par ailleurs, il ressort de la fiche de renseignement qu'il a signé le 27 février 2023 que M. A n'est pas dépourvu de fortes attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans et où résident notamment ses deux autres enfants. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté au droit de M. A au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels l'arrêté attaqué a été pris. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
11. Ainsi qu'il a été dit au point 9, M. A n'établit pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de ses enfants résidant sur le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il est père de deux autres enfants résidant dans son pays d'origine. Par suite le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (.) ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement (.) ".
13. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est soustrait à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre les 10 décembre 2017 et 29 septembre 2019. Ainsi, M. A entre pleinement dans les cas, énumérés à l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant d'établir un risque de fuite au sens du 3° de l'article L. 612-2 du même code. Par suite, nonobstant le fait que le passeport du requérant serait entre les mains de l'administration et qu'il aurait une adresse stable en France, c'est sans erreur de fait et sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
15. Pour contester la décision fixant le pays de renvoi, M. A soutient qu'il a des craintes pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, il n'assortit ces allégations d'aucune précision ou pièce de nature à établir la réalité d'un risque actuel et personnel de traitements prohibés par les stipulations citées au point précédent. En outre, il est constant que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 13 juin 2017 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 13 octobre 2017 et sa demande de réexamen a également été rejetée par l'OFPRA le 9 octobre 2019 et par la CNDA le 21 janvier 2020. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
D. RobertLa greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No23119222
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026