Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312032

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise avait retiré la carte de séjour temporaire de M. B, ressortissant malien. Le tribunal a jugé que le seul motif invoqué par le préfet, à savoir la présentation d'un faux permis de conduire malien pour échange, ne suffisait pas à établir une menace réelle et actuelle pour l'ordre public au sens de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a relevé que M. B résidait en France depuis 2007 et était titulaire d'un contrat à durée indéterminée, ce qui caractérisait une erreur d'appréciation. En conséquence, l'arrêté préfectoral a été annulé, mais les conclusions à fin d'injonction ont été rejetées, le titre de séjour étant expiré.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 11 juillet 2024 qui n'a pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Parastatis au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 27 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de renouveler son titre de séjour ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'une insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen ;

- il est entaché d'une erreur de droit tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire, enregistré le 24 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 11 avril 1986, est entré sur le territoire français le 3 janvier 2007 et a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable du 11 août 2022 au 10 août 2023. Par un arrêté du 27 juillet 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise lui a retiré sa carte de séjour temporaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Il résulte de ces dispositions que si l'autorité administrative entend retirer une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle, elle doit examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'étranger sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle et actuelle pour l'ordre public.

3. Pour retirer la carte de séjour temporaire dont bénéficiait M. B, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que la présence de l'intéressé sur le territoire français constitue une menace à l'ordre public au motif qu'il a sollicité auprès du centre d'expertise et de ressources et des titres de Loire-Atlantique l'échange, contre un permis de conduire français, d'un permis de conduire obtenu le 18 avril 2013 au Mali qui s'est révélé être un faux. Toutefois, à la date de l'arrêté contesté, cette seule circonstance ne suffit pas à établir que la présence de M. B sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, il est constant que le requérant est entré en France le 3 janvier 2007, qu'après avoir été titulaire d'un contrat à durée déterminée à compter du 17 août 2020, il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 13 mars 2022 en qualité de technicien d'entretien. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 27 juillet 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Il résulte de l'instruction que le titre de séjour retiré, qui n'était valable que jusqu'au 10 août 2023, est désormais expiré. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 27 juillet 2023 du préfet du Val-d'Oise est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Jacquinot, conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

S. Cuisinier-Heissler

Le président,

T. BertonciniLa greffière,

K. Nabunda

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.