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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2312114

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312114

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantFEVRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2023, M. F A B, représenté par Me Février, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français en fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ;

3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'État, au profit de son conseil, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour l'avocat de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble

- il est entaché d'un défaut de compétence de l'auteur de l'acte ;

- il est irrégulier du fait d'un détournement de procédure et d'une violation de son droit à être entendu ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre

- elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses dispositions ;

- elle méconnaît le droit à l'éducation tel que garanti par l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'homme, l'article 2 du protocole additionnel n°1 à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne.

- elle méconnaît la convention contre la discrimination dans le domaine de l'enseignement et la convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale ;

- elle méconnaît l'articles 13 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

En ce qui concerne la décision de fixation du pays de renvoi

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 22 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 décembre 2023.

Un mémoire en défense du préfet du Val-d'Oise, enregistré le 3 mars 2024 postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.

Par une décision du 18 décembre 2023, M. A B a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 ;

- le protocole additionnel n°1 à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention contre la discrimination dans le domaine de l'enseignement ;

-la convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale ;

- le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant haïtien né le 22 septembre 1989, déclare être entré en France le 11 octobre 2020 muni d'un visa long séjour étudiant valable du 22 septembre 2020 au 22 septembre 2021. Il a sollicité le 13 août 2021 le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant dans le cadre des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Val d'Oise a refusé d'admettre l'intéressé au séjour par un arrêté du 19 août 2022. Cet arrêté a été abrogé par un arrêté du 1er août 2023, en raison de l'incompétence de son auteur. Par un second arrêté du 1er août 2023, le préfet du Val-d'Oise a de nouveau rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, M. A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 18 décembre 2023, M. A B a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n°23-242 du 11 juillet 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, aux fins de signer notamment les décisions de refus de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de renvoi et les interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 1 que l'arrêté attaqué a été édicté à la suite de la demande de renouvellement de titre de séjour formée par M. A B le 13 août 2021, dont le préfet du Val-d'Oise s'est retrouvé saisi à la suite de l'abrogation de l'arrêté du 19 août 2022. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'était pas tenu de demander au requérant s'il souhaitait faire part de nouvelles observations sur sa demande. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis un détournement de procédure en prenant ce second arrêté doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre

5. En premier lieux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. A cet égard, le caractère réel et sérieux des études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A B, qui déclare être entré le 11 octobre 2020 sur le territoire français, s'est inscrit pour l'année universitaire 2020-2021 en troisième année de sciences de l'éducation au sein de l'université des Antilles. Le requérant, qui n'allègue pas avoir validé cette troisième année, s'est réinscrit en troisième année de licence en sciences sociales à l'Université de Nanterre, pour l'année 2021-2022, puis, n'ayant validé aucune unité d'enseignement durant cette année, s'est réinscrit en troisième année de licence en sciences sociales à l'Université de Nanterre pour l'année 2022-2023. Au cours de ces trois années universitaires, l'intéressé n'a validé aucun diplôme, les relevés de notes 2021-2022 et 2022-2023 laissant quant à eux apparaître de nombreuses défaillances de l'intéressé dans la majorité des unités d'enseignement. Par suite, son parcours révèle une absence de progression et de caractère sérieux dans les études poursuivies, qui ne saurait être justifiée sur la période par les seuls éléments avancés par le requérant quant à ses difficultés liées à la crise du covid ou à la plus grande autonomie laissée aux étudiants dans le système universitaire français. Le préfet du Val-d'Oise a ainsi fait une exacte appréciation des dispositions précitées en refusant de renouveler le titre de séjour mention " étudiant " de M. A B.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 26 de la Déclaration universelle des droits de l'homme : " Toute personne a droit à l'éducation ". Aux termes des stipulations de l'article 14 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne du 12 décembre 2007, qui consacre le droit à l'éducation : " 1. Toute personne a droit à l'éducation, ainsi qu'à l'accès à la formation professionnelle et continue () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 2 du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut se voir refuser le droit à l'instruction () ".

8. La circonstance que la décision en litige fait obstacle au projet de M. A B de bénéficier des enseignements dispensés par l'université en France ne porte pas, par elle-même, atteinte à son droit à l'éducation et à l'instruction, dès lors qu'elle n'a pas pour effet de le priver d'un droit à l'éducation et à la formation, qui peut s'exercer hors de France. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 7 doit donc, en tout état de cause, être écarté.

9. En troisième lieu, la décision en litige reposant sur l'absence de caractère sérieux des études et non sur l'origine et la nationalité de M. A B, celui-ci ne saurait utilement se prévaloir de la convention contre la discrimination dans le domaine de l'enseignement ainsi que de la convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

10. En quatrième lieu, le requérant ne saurait utilement invoquer la méconnaissance de l'article 13 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qui est dépourvu d'effet direct.

11. En cinquième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Ainsi, M. A B ne saurait utilement faire valoir que le préfet du Val d'Oise a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'établit pas avoir formé sa demande de titre de séjour sur le fondement de cet article.

12. En sixième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () " et aux termes de l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

13. En l'espèce, M. A B est présent en France depuis moins de 3 ans à la date de la décision attaquée, ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle notable et ne fait état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à ce qu'il poursuive sa vie dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans et où résident sa femme et son fils. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a méconnu les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet du Val-d'Oise n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, entaché son appréciation des conséquences dudit arrêté sur la situation personnelle de M. A B d'une erreur manifeste. Dès lors, les moyens ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le refus de titre de séjour en litige n'est pas entaché des illégalités dénoncées par M. E. Celui-ci n'est donc pas fondé à soutenir que l'obligation qui lui est faite par le même arrêté de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de ce refus.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi

15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. M. A B se borne à faire valoir que la situation actuelle en Haïti est extrêmement précaire d'un point de vue sécuritaire et que de nombreuses violations des droits humains y sont recensées, notamment dans la région d'où il provient, sans assortir ces allégations de précisions personnalisées permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, le moyen doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 1er août 2023 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A B d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A B, à Me Février et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2312114

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