Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312468
mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2312468 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 20 septembre 2023, 7 et 22 mars et 7 juin 2024, M. C A, représenté par Me Celeste, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'admettre son épouse et ses deux enfants au bénéfice du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au préfet à titre principal, d'admettre au bénéfice du regroupement familiale son épouse et leurs deux enfants, ou à défaut d'ordonner une nouvelle enquête aux fins de vérifier la superficie de son logement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'un vice de procédure au regard de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive et par suite irrecevable ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant bangladais, né le 12 novembre 1973, a présenté une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse Mme B F et de ses deux filles A D et A E. Par une première décision du 5 septembre 2019, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande. Le silence gardé par le préfet sur sa nouvelle demande, déposée le 3 septembre 2020, a fait naître une décision implicite de rejet. Par une décision explicite du 7 février 2022, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet, le préfet a rejeté la demande de M. C qui doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :
2. Aux termes de l'article R. 434-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du dossier complet de demande de regroupement familial, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois dont bénéficie l'autorité administrative pour statuer. " Aux termes de l'article R. 434-26 du même code : " L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'entrer en France dans le cadre du regroupement familial est le préfet et, à Paris, le préfet de police. Cette autorité statue sur la demande de regroupement familial dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la demande de regroupement familial. "
3. Il résulte de ces dispositions que seule la délivrance par les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), auxquels l'étranger doit avoir adressé sa demande de regroupement familial en application de l'article R. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'attestation de dépôt d'un dossier complet de regroupement familial prévue à l'article R. 434-12 précité fait courir le délai de 6 mois de l'article R. 434-26 au-delà duquel le silence gardé par l'autorité administrative, à savoir le préfet de département, fait naître une décision implicite de rejet de la demande de regroupement familial. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'une attestation de dépôt d'un dossier complet de regroupement familial à la date du 3 septembre 2020 a été délivrée au requérant. Dès lors, une décision implicite de rejet de sa demande est née le 3 mars 2021.
4. Aux termes des dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " Il résulte de ces dispositions que cette notification doit, s'agissant des voies de recours, mentionner, le cas échéant, l'existence d'un recours administratif préalable obligatoire ainsi que l'autorité devant laquelle il doit être porté ou, dans l'hypothèse d'un recours contentieux direct, indiquer si celui-ci doit être formé auprès de la juridiction administrative de droit commun ou devant une juridiction spécialisée et, dans ce dernier cas, préciser laquelle.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'attestation délivrée le 3 septembre 2020 à M. A mentionne le délai à compter duquel, en l'absence de réponse de l'administration, sa demande devrait être considérée comme rejetée ainsi que les délais de recours à l'encontre de cette décision. En revanche, la mention apposée en bas de page, indiquant au pétitionnaire qu'il dispose des " voies de recours habituelles (recours gracieux, hiérarchique ou contentieux) " ne peut être regardée comme répondant aux obligations imposées par les dispositions rappelées au point 4 concernant les voies de recours. Par suite, le délai de recours n'ayant pas commencé à courir à l'encontre de la décision implicite de rejet, les conclusions tendant à son annulation ne sont pas tardives et la fin de non-recevoir opposée par le préfet, tirée du caractère tardif de la requête, doit être rejetée.
6. La décision implicite de rejet du 3 mars 2021 n'étant pas devenue définitive, la décision explicite du 7 février 2022 s'y est substituée et peut fait l'objet d'un recours contentieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 434-5 de ce code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes () / Les zones A bis, A, B1, B2 et C mentionnées au présent article sont celles définies pour l'application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation. ".
8. En l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine, par une décision du 7 février 2022, a rejeté la demande de M. A au motif que la taille de son logement à Asnières-sur-Seine, de 40,87 m², était insuffisante au regard des dispositions de l'article R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui imposent de disposer d'un logement d'au moins 42 m2 pour quatre personnes. Si l'enquête de logement mentionne une surface de 40,87 m², le bail mentionne une surface de 48 m² et M. A fait valoir que son appartement a une superficie de 44,06 m². Il verse à cet égard une attestation de métrage d'un architecte du 16 mai 2024 qui fixe à 44, 06 le métrage de son logement qui est toujours le même depuis 2019. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme établissant qu'il disposait à la date de la décision en litige, d'un logement conforme pour quatre personnes au regard des dispositions de l'article R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 7 février 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois, d'accorder à M. A le regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux filles.
Sur les frais d'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 février 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'admettre l'épouse et les filles de M. A au bénéfice du regroupement familial est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'admettre l'épouse et les deux filles de M. A au bénéfice du regroupement familial dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
Signé
T. BertonciniLa greffière,
Signé
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2312468