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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2312551

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312551

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2023, Mme A H D, représentée par Me Place, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 30 août 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée satisfaite dès lors que le préfet de police de Paris lui a refusé le renouvellement de son droit au séjour, ce qui la place dans une situation irrégulière et précaire, et l'empêche de poursuivre son travail ;

- plusieurs moyens sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle méconnaît l'article L. 114-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que le préfet de police, en regardant le diplôme déposé par la requérante comme ne figurant pas sur la liste fixée par arrêté du 12 mai 2011, aurait dû considérer la demande de renouvellement de titre de séjour comme incomplète et lui accorder un délai pour produire la pièce litigieuse ;

* elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation de la requérante en méconnaissance des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, dès lors que le diplôme produit par la requérante s'inscrit dans la nomenclature des diplômes ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle et familiale de la requérante ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête n° 2312562, enregistrée le 23 septembre 2023, par laquelle Mme D demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Buisson, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Buisson, juge des référés ;

- les observations orales de Me Place, avocate de Mme D ;

- les observations de Mme D ;

- les observations de Me Zerad, substituant Me Tomasi, avocat du préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A H D, ressortissante vietnamienne née le 30 janvier 1997, titulaire en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 9 novembre 2022, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et s'est vu délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 10 février 2023. Par une décision du 30 août 2023, le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par la présente requête, Mme D au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il résulte de l'instruction que Mme D était titulaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 9 novembre 2022 et qu'avant l'expiration de cette carte de séjour, l'intéressée en a sollicité le renouvellement en demandant à bénéficier d'un titre portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Dans ces conditions, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme D, par l'arrêté en date du 30 août 2023, le préfet de police s'est fondé sur les motifs tirés, notamment, de ce que la requérante " ne présente aucune inscription au titre de l'année académique 2022/2023 qui lui permettrait de solliciter le renouvellement de son titre de séjour " étudiant " et de ce que " l'intéressée est célibataire et sans charge de famille en France ; qu'elle n'atteste pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents ; que la présence en France de ses tuteurs ne lui confère aucun droit au séjour au regard de la législation en vigueur ; que compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à [sa] situation personnelle et à [sa] vie familiale ". Il résulte toutefois de l'instruction que Mme D est entrée, à l'âge de 13 ans, sur le territoire français, le 28 septembre 2010 sous couvert d'un visa D portant la mention " mineur scolarisé " afin d'être confiée par ses parents à sa tante et à son oncle, Mme F D et M. C B, ressortissants français, titulaires d'une délégation d'autorité parentale totale prononcée par un jugement en date du 8 novembre 2011 du juge aux affaires familiales près le tribunal de grande instance de Brive-la-Gaillarde. Il résulte de la même instruction que Mme D, bénéficiant de l'aide matérielle et du soutien affectif de ses tuteurs, a effectué l'essentiel de sa scolarité secondaire en France, qu'elle a obtenu le baccalauréat avec la mention " Bien " et qu'elle a ensuite poursuivi ses études, notamment dans le domaine de l'économie du tourisme et plus particulièrement de la gestion du tourisme international et de l'hôtellerie. A l'issue de son cursus universitaire, Mme D a été recrutée, à compter du 6 décembre 2022, en qualité de " Responsable Groupes et Evènements Junior " en contrat à durée indéterminée par l'hôtel Peninsula de Paris dont la directrice des ressources humaines a d'ailleurs indiqué dans une attestation en date du 7 septembre 2023 que le secteur rencontre " de réelles difficultés afin de recruter du personnel qualifié et compétent. Il est rare de pouvoir recruter du personnel qualifié justifiant d'une formation de qualité et d'une première expérience professionnelle sérieuse comme c'est le cas de Mme A H D () qui représente () un atout majeur dans cadre du développement et du maintien de l'identité unique des hôtels Peninsula ". Enfin, il résulte de cette même instruction et il n'est pas contesté que Mme D, présente sur le territoire français depuis treize années, entretient une relation affective avec M. E G ressortissant français. Dans ces conditions, compte de l'ancienneté du séjour en France de Mme D et des conditions de son insertion familiale, sociale et économique dans la société française, et alors même que ses parents vivent au Vietnam, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision querellée sur sa vie personnelle est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de police en date du 30 août 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Le juge des référés ne peut prescrire une mesure qui aurait les mêmes effets que la mesure d'exécution que l'administration serait tenue de prendre à la suite de l'annulation pour défaut de base légale de la décision contestée. Compte tenu notamment de cette exigence, lorsque le juge ordonne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution d'une décision ayant rejeté une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour émanant d'un ressortissant étranger ou d'une décision de retrait d'un tel titre, l'intéressé ne peut, en raison même de la suspension de la décision, être regardé comme se trouvant dans une situation irrégulière sur le territoire français. En conséquence, l'autorité administrative a l'obligation, aussi longtemps que la suspension ordonnée produit effet, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour. Indépendamment de la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, il appartient à l'autorité administrative, au vu du ou des moyens servant de fondement à la mesure de suspension, de procéder à un nouvel examen de la situation du requérant sans attendre la décision du juge saisi au principal, en fonction de l'ensemble des circonstances de droit et de fait au jour de ce réexamen. Il en va ainsi alors même que le juge des référés n'aurait pas précisé de façon explicite les obligations découlant pour l'administration de la mesure de suspension qu'il a prescrite.

8. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la situation de Mme D et, dans un délai de huit jours, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de police en date du 30 août 2023 est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande présentée par l'intéressée devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, à compter de la notification qui lui sera faite de la présente décision, de réexaminer la situation de Mme D et, dans un délai de huit jours, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A H D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Cergy, le 12 octobre 2023

Le juge des référés,

signé

L. Buisson

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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