Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312585

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B, qui contestait son exclusion de cinq ans de tout établissement d'enseignement supérieur, prononcée par la section disciplinaire de l'université CY Cergy Paris Université. La requérante invoquait une violation de ses droits de la défense, mais le tribunal a jugé que la procédure contradictoire avait été respectée, Mme B ayant été régulièrement convoquée et informée de ses droits sans se présenter. Le tribunal a également écarté le moyen tiré du caractère abusif des faits reprochés. La décision s'appuie sur les articles R. 811-1, R. 811-26, R. 811-27, R. 811-29 et R. 811-31 du code de l'éducation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2023, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 10 juillet 2023 par laquelle la section disciplinaire de l'université CY Cergy Paris Université a prononcé son exclusion d'une durée de cinq ans de tout établissement de l'enseignement supérieur.

Elle soutient que :

- elle n'a pu se défendre ;

- les faits reprochés sont abusifs et faussés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, l'université CY Cergy Paris Université conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux,

- les conclusions de Mme Garona, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B était inscrite en première année de licence de lettres, parcours préparatoire au professorat des écoles (PPPE), à l'université CY Cergy Paris Université durant l'année universitaire 2022-2023. Par une décision du 10 juillet 2023, la section disciplinaire de l'université CY Cergy Paris Université a prononcé son exclusion d'une durée de cinq ans de tout établissement de l'enseignement supérieur. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 811-26 du code de l'éducation : " La section disciplinaire est saisie par une lettre adressée à son président. Ce document mentionne le nom, l'adresse et la qualité de la personne faisant l'objet des poursuites ainsi que les faits qui lui sont reprochés. Il est accompagné de toutes pièces justificatives. ". Aux termes de l'article R. 811-27 du même code : " Dès réception du document mentionné à l'article R. 811-26 et des pièces jointes, le président de la section disciplinaire en transmet copie, par tout moyen permettant de conférer date certaine, à la personne poursuivie ainsi que, s'il s'agit d'un mineur, aux personnes qui exercent à son égard l'autorité parentale ou la tutelle. Il en transmet une copie au président de l'université, au recteur de région académique et au médiateur académique. / La lettre mentionnée au premier alinéa indique à l'usager poursuivi le délai dont il dispose pour présenter des observations écrites. Elle lui précise qu'il peut se faire assister ou représenter par un conseil de son choix, qu'il peut demander à être entendu par les rapporteurs chargés de l'instruction de l'affaire et qu'il peut prendre connaissance du dossier pendant le déroulement de cette instruction. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 811-29 du code de l'éducation : " Les rapporteurs instruisent l'affaire, pendant un délai qui ne peut excéder deux mois, par tous les moyens qu'ils jugent propres à les éclairer. Ils recueillent les observations écrites de l'intéressé, qu'ils peuvent convoquer. Ils l'entendent sur sa demande. () ". Enfin aux termes de l'article R. 811-31 du code de l'éducation : " Le président de la commission de discipline convoque la personne poursuivie devant la commission de discipline par tout moyen permettant de conférer date certaine, quinze jours au moins avant la date de la séance. Cette convocation mentionne le droit, pour l'intéressé ou son conseil, de consulter le rapport d'instruction et des pièces du dossier pendant une période débutant au moins dix jours avant la date de la séance. La convocation mentionne également le droit, pour l'usager, de présenter des observations orales pendant la séance, le cas échéant par le conseil de son choix. / En l'absence de la personne poursuivie dûment convoquée, la commission de discipline peut décider soit de siéger si l'intéressé n'a pas fourni de motifs justifiant son absence, soit de renvoyer l'examen de l'affaire à une date ultérieure. (). ".

3. Mme B doit être regardée comme soutenant que le principe du contradictoire et les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'elle n'a pu se présenter devant de la section disciplinaire qui s'est réunie le 10 juillet 2023. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante a par lettre du 7 juin 2023 été régulièrement informée des poursuites dont elle faisait l'objet, des faits reprochés ainsi que de la possibilité de consulter son dossier, de se faire assister ou représenter par le conseil de son choix et enfin de présenter ses observations écrites aux rapporteurs désignés. Par cette même lettre, Mme B a été convoquée à la commission d'instruction ainsi qu'à la commission de discipline de la section disciplinaire. Par courriel du 16 juin 2023, la requérante a indiqué qu'elle ne pourrait être présente à la commission d'instruction en raison d'un " empêchement ". Il a alors été proposé à la requérante d'assister à la commission d'instruction par visio-conférence. Il n'est pas contesté par la requérante qu'après avoir confirmé sa présence, elle ne s'est toutefois pas présentée à la commission d'instruction qui s'est réunie le 19 juin 2023. Elle ne s'est également pas présentée à la commission de discipline de la section disciplinaire du 10 juillet 2023 sans avoir préalablement fourni de motifs justifiant son absence. Dans ces conditions, Mme B, qui a été à plusieurs reprises invitée à présenter ses observations, n'est pas fondée à soutenir que le principe du contradictoire et les droits de la défense ont été méconnus.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 811-1 du code de l'éducation : " Relève du régime disciplinaire prévu aux articles R. 811-10 à R. 811-42 tout usager de l'université lorsqu'il est auteur ou complice, notamment : / 1° D'une fraude ou d'une tentative de fraude commise notamment à l'occasion d'une inscription, d'une épreuve de contrôle continu, d'un examen ou d'un concours ; / 2° De tout fait de nature à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation de l'université. () ".

5. Pour prononcer la décision en litige, la section disciplinaire a estimé que les faits reprochés à la requérante, à savoir la poursuite d'un enfant en pleurs dans la cour de récréation lors d'un stage en école maternelle, le saccage d'une salle de classe du lycée Kastler, la dégradation de la voiture d'une camarade de classe, et les menaces proférées à l'égard d'étudiants de sa formation, sont de nature à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation de l'université.

6. La requérante doit être regardée comme soutenant que la décision en litige est entachée d'une inexactitude matérielle des faits. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la directrice de l'école maternelle Georges Braque a informé les responsables de la formation suivie par la requérante que cette dernière avait durant son stage poursuivi un enfant en pleurs durant le temps de récréation. En outre, le 6 avril 2023, elle a commis des dégradations sur la voiture d'une camarade de classe. Ces faits, qui ont donné lieu au dépôt d'une plainte auprès des services de police par la victime, ont été confirmés par le témoignage d'une étudiante présente au moment des faits ainsi que du proviseur du lycée dans lequel se sont déroulés ces mêmes faits. Par ailleurs, il ressort du rapport du proviseur du lycée Kastler que la requérante a le 13 avril 2023 procédé à la dégradation d'une salle de classe, notamment du mobilier et du matériel pédagogique, et inscrit des insultes sur le tableau de classe. Enfin, il ressort du rapport d'instruction que la requérante a proféré des menaces envers ses camarades de classe, menaces corroborées par des témoignages et une capture d'écran produites en défense. Par suite, la requérante, qui au demeurant se borne à faire valoir que les faits reprochés sont abusifs et faussés sans produire aucune pièce au soutien de ses allégations, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une inexactitude matérielle des faits.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par Mme B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'université CY Cergy Paris Université.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Beauvironnet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

E. Chaufaux

La présidente,

S. EdertLa greffière,

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.