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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2312603

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312603

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDJASSAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2023, M. A C B, représenté par Me Djassah, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour et de lui délivrer un titre de résident ;

2°) d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer son titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux semaines à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de son titre de séjour alors qu'il est en situation régulière depuis près de dix ans sur le territoire et conjoint de français ; par ailleurs, en l'absence de renouvellement de son titre de séjour, il sera placé en situation irrégulière, exposé à des mesures de vérification et empêché d'exercer son activité professionnelle ;

- il existe des moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-2 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation personnelle et professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dans l'appréciation de sa situation professionnelle ;

- elle méconnait les stipulations des articles 8 et 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a produit aucun mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2312420, enregistrée le 20 septembre 2023, par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 octobre 2023 à 9h 30, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;

- et les observations de Me Djassah, représentant M. B, requérant, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et produit, par ailleurs, le récépissé de demande de carte de séjour du requérant valable jusqu'au 28 décembre 2023, qui l'autorise à travailler, ainsi qu'un bulletin de salaire de la société Fauchon à Paris du mois de septembre 2023, pièces qui ont été immédiatement versées dans l'application informatique Télérecours.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant costaricain né le 21 février 1985, est entré sur le territoire français le 29 mai 2012 sous couvert d'un visa Schengen. Le 10 septembre 2014, il a obtenu un visa de régularisation de sa situation de la sous-préfecture d'Antony et a été par la suite titulaire de plusieurs titres de séjour. Son dernier titre de séjour pluriannuel venant à expiration le 11 janvier 2022, il en a sollicité le renouvellement au profit d'une carte de résident le 21 octobre 2021. Face au silence gardé par l'administration sur cette demande, il a adressé un courrier en date du 14 février 2023 à la sous-préfecture d'Antony afin d'en solliciter la communication des motifs, auquel aucune réponse n'a été apportée. Estimant qu'une décision implicite de rejet de sa demande est née quatre mois après sa demande du 21 octobre 2021, par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision attaquée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour.

4. Il résulte de l'instruction que M. B a déposé une demande portant renouvellement de son titre de séjour auprès des services préfectoraux, le 21 octobre 2021. Par suite, le requérant doit être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Il résulte de l'instruction qu'il existe des moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision implicite refusant à M. B le renouvellement de son titre de séjour et dont il demande la suspension.

6. Il résulte de ce qui précède, que les deux conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Il y a donc lieu de faire droit aux conclusions de M. B aux fins de suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Le code de justice administrative dispose à son article L. 511-1 du code de justice administrative que : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

8. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration, le juge des référés suspension ne pouvant décider une mesure qui a les mêmes effets qu'une annulation pour excès de pouvoir. Les conclusions de M. B tendant à ce que lui soit délivré un titre de séjour, mesure qui aurait les mêmes effets qu'une mesure d'annulation, doivent dès lors être rejetées.

9. Il y a lieu, en revanche, d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine, de procéder au réexamen de la demande de M. B. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prescrire au préfet des Hauts-de-Seine d'exécuter cette mesure dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction, dans les circonstances de l'espèce, d'une injonction de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine a déjà délivré à l'intéressé un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 28 décembre 2023, qui l'autorise à travailler, ni d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante, une somme de 500 euros pour M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de

M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 12 octobre 2023.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet.

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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