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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2313201

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313201

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOIZARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2023 sous le n° 2313201, Mme A B, représentée par Me Bati, demande au juge des référés,

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge par le centre hospitalier de Gonesse (95500) à partir du 25 août 2020 à la suite d'une chute à son domicile en présence de la société Sas Beah, de la caisse primaire d'assurance maladie du Val d'Oise et de la société Klesia Mut ;

2°) d'enjoindre à l'expert le dépôt d'un pré-rapport ;

3°) de statuer sur les dépens.

Elle soutient que :

- alors qu'elle a été prise en charge par l'établissement de santé le 25 août 2020 des suites d'une chute domestique, elle n'a pu bénéficier d'une intervention chirurgicale que le 23 septembre 2020 au service de chirurgie orthopédique de l'hôpital de Gonesse ;

- une première expertise amiable a conclu le 1er mars 2020 à la responsabilité de l'établissement ; une fois son état de santé consolidé, elle n'a pu obtenir une seconde expertise aux contradictoire de l'établissement de santé ;

- une mesure d'expertise est utile dès lors qu'une action en responsabilité est possible devant le juge administratif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, le centre hospitalier de Gonesse et la Sas Beah, représentés Me Boizard, ne s'opposent pas à la mesure d'expertise, formulent les protestations et réserves d'usage et concluent :

1°) à la mise hors de cause de la société Sas Beah ;

2°) à ce qu'un expert spécialisé en orthopédie soit désigné ;

3°) à ce que la mission de l'expert soit complétée ;

4°) à ce qu'il soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport ;

5°) à ce que l'expertise soit réalisée aux frais avancés du demandeur ;

6°) à ce que les dépens soient mis à la charge de la requérante.

La requête a été transmise à la caisse primaire d'assurance maladie du Val d'Oise et à la société Klesia Mut qui n'ont pas produit d'observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Grenier, première vice-présidente du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Aux termes de l'article R. 532-5 de ce code : " Les dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9, sont applicables aux référés mentionnés à l'article R. 532-1, sous réserve des dispositions du présent chapitre. () ".

2. Il résulte de l'instruction que Mme B, alors âgée de 81 ans, a été prise en charge par les services du centre hospitalier de Gonesse le 25 août 2020 à la suite d'une chute à son domicile et a bénéficié d'un traitement orthopédique pour une facture de l'humérus gauche. Le 29 août, la requérante contactait à nouveau le centre hospitalier se plaignant de douleurs au niveau de l'épaule gauche. Elle y a bénéficié d'une radiographie ne révélant aucun déplacement du trait de fracture puis d'une hospitalisation jusqu'au 1er août avec une pose concomitante d'un gilet orthopédique. Le 3 septembre, de nouvelles radiographies ont permis de constater un déplacement des traits de fracture associés à une majoration du diastasis interfragmentaire. Mme B a été transférée à la clinique de Pierrefitte aux fins de rééducation jusqu'au 22 septembre. Une nouvelle imagerie réalisée à l'hôpital Delafontaine confirmait l'existence d'une fracture commitative complexe déplacée de l'humérus gauche. Le 23 septembre, Mme B bénéficiait d'une intervention chirurgicale consistant en un " enclouage centraux médullaires verrouillés à ciel ouvert " et la réduction des deux cerclages de la fracture. L'assureur de Mme B a diligenté une expertise amiable au rapport du docteur C qui a conclu le 1er mars 2021 à un retard de prise en charge thérapeutique alors que l'indication chirurgicale était justifiée dès le 25 août 2020, et à une faute médicale de la part du centre hospitalier de Gonesse entraînant au niveau séquellaire une majoration de la limitation fonctionnelle de l'épaule gauche et des gênes temporaires et souffrances endurées majorées.

3. Dans ces circonstances, l'expertise demandée par Mme B relative aux conditions de la prise en charge par le centre hospitalier de Gonesse présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la mise hors de cause de la société Sas Beah :

4. Le centre hospitalier de Gonesse demande la mise hors de cause la société Sas Beah au motif qu'elle serait son courtier d'assurance et non son assureur. Dès lors, la présence de la société Sas Beah n'apparait pas utile et il y a donc lieu de faire droit aux conclusions tendant à sa mise hors de cause.

Sur les réserves exprimées :

5. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au dépôt d'un pré-rapport :

6. L'expertise devra être effectuée en application des dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Aucune de ces dispositions, aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicable aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

7. Aux termes de l'article R.761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ". Dès lors, il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur les conclusions de centre hospitalier de Gonesse tendant à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge de Mme B et à ce que les dépens soient réservés.

O R D O N N E :

Article 1er : M. E D, exerçant au 7 Bis avenue de la Porte de Buc à Versailles (78000), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Gonesse ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; recueillir les doléances ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme B ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

- rappeler l'état de santé antérieur de Mme B et décrire son état à la date de l'expertise ;

- décrire les conditions dans lesquelles Mme B a été prise en charge par les services du centre hospitalier de Gonesse ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme B et aux symptômes qu'elle présentait ;

- de manière générale, réunir tous les éléments permettant de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de Mme B ;

- donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté présente un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement imputable à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale et son évolution ou avec toute autre cause étrangère à la prise en charge de Mme B par l'établissement ;

- donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme B une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; dans cette hypothèse, quantifier la perte de chance ;

- dire si l'état de santé de Mme B est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme B ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;

- de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : La société Sas Beah est mise hors cause.

Article 3 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 du code de justice administrative, dans un délai de dix mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies du rapport seront notifiées aux parties intéressées par l'expert et, avec leur accord, par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au centre hospitalier de Gonesse, à la société Sas Beah, à la caisse primaire d'assurance maladie du Val d'Oise, à la société Klesia Mut et à M. E D, expert.

Fait à Cergy-Pontoise, le 5 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

C. Grenier

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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