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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2313276

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313276

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantBENITEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 6 octobre 2023, 29 janvier 2024, 14 février 2024, 22 mars 2024 et 8 avril 2024, M. A B, représenté par Me Benitez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2022, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Benitez renonce à percevoir la part contributive de l'État.

M. B soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence d'avis du collège de médecins de l'OFII régulièrement signé ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et deux mémoires en réplique enregistrés les 26 janvier 2024, 11 mars 2024 et 8 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25% par une décision en date du 13 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bocquet, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien, né le 31 décembre 1988, est entré en France le 1er janvier 2015 sous-couvert d'un visa Schengen. Il a sollicité le 7 mai 2021 le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 juin 2022, dont il demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

2. Par un arrêté n°22-121 du 13 mai 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme D E, adjointe au directeur des migrations, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours avec fixation d'un pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

3. Selon l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Le premier alinéa de l'article R. 425-12 du même code précise que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. ". L'article R. 425-13 du même code ajoute que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical (). ".

4. M. B soutient que le préfet du Val-d'Oise n'a pas produit l'avis du collège de médecins de l'OFII et que cet avis est entaché d'un vice de procédure. Toutefois, le préfet du Val-d'Oise produit en défense l'avis émis le 2 septembre 2021 par le collège de médecins de l'OFII relatif à l'état de santé du requérant établi selon le modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016. Il ressort des pièces du dossier que cet avis concernant M. B a été rendu par un collège de trois médecins du service médical de l'OFII et comporte de manière lisible leurs nom, prénom et signature, permettant ainsi de les identifier. Par ailleurs, il est établi que le médecin ayant rédigé le rapport médical n'était pas au nombre des médecins formant ce collège. Ces mentions font foi jusqu'à preuve du contraire et M. B ne se prévaut d'aucune circonstance particulière propre à contredire ces mentions. Dès lors, les moyens tirés du vice de procédure et de l'erreur de droit au regard des dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État ".

6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B sur le fondement des dispositions précitées, le préfet du Val-d'Oise s'est notamment fondé sur l'avis du 2 septembre 2021 du collège de médecins de l'OFII, qui a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il existe un traitement approprié dans son pays d'origine dont il peut effectivement bénéficier. L'intéressé, suivi pour une maladie infectieuse ainsi que des troubles de la préhension de la main, produit notamment un certificat médical du 9 juin 2022 attestant de son suivi médical ainsi qu'un certificat médical du 11 juillet 2022 indiquant qu'il souffre des séquelles d'une brûlure à la main pendant son enfance, pour laquelle il a bénéficié de trois opérations en 2016 et 2017 puis d'un suivi continu. Il produit également les comptes rendus de ses précédentes opérations en 2016 et 2017, une ordonnance de 2022 et un certificat médical de 2019 attestant de son suivi au service des maladies tropicales. Ces pièces ne permettent pas d'établir que le requérant, qui a bénéficié de plusieurs opérations jusqu'en 2017, ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, les certificats médicaux produits ne détaillant pas le traitement suivi par l'intéressé et ni les raisons justifiant l'impossibilité pour ce dernier de bénéficier d'un tel traitement au Mali, alors même que le préfet du Val-d'Oise produit plusieurs rapports médicaux en ce sens et non sérieusement contredits. Dès lors, en estimant que M. B ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant à son état de santé au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. B soutient être entré en France en 2015, y résider depuis lors et y être inséré professionnellement. Si M. B peut se prévaloir d'une réelle insertion professionnelle depuis mai 2018, celle-ci est demeurée de manière discontinue ou à temps partiel jusqu'au mois d'octobre 2022, date depuis laquelle il bénéficie d'un contrat à durée indéterminée à temps plein en qualité d'agent de nettoyage. Toutefois, cette seule insertion professionnelle, qui demeure relativement récente, ne peut suffire à justifier de sa vie privée et familiale. En outre, M. B est célibataire, sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident notamment ses parents et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écartés.

9. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

signé

P. BocquetLe président,

signé

P.-H. d'ArgensonLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2313276

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