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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2313316

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313316

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationRéférés urgents
Avocat requérantCABINET PETIT - MARCOT - HOUILLON ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président par intérim du tribunal de Cergy-Pontoise a désigné Mme Le Griel, vice-président, en application des dispositions des articles L. 779-1 et R. 779-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 9 octobre 2023 à 15 heures

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme El Moctar greffière d'audience,

- le rapport de Mme Le Griel, magistrate désignée ;

- les observations de M. A F et M. B F qui confirme les écritures ; ils font valoir qu'ils ne disposent pas d'autre lieu d'accueil, qu'ils s'engagent à réparer les dégradations occasionnées et à modifier le lieu de leur raccordement électrique ; que l'un des membres suit actuellement un protocole médical lourd à proximité ;

- les observations de M. C et Mme G, représentant le préfet du Val-d'Oise qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens

- et les observations de Me Pibault pour la commune de Neuville-sur-Oise et la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise qui insistent notamment sur le raccordement électrique sauvage réalisé sur un équipement sensible surveillé et le trouble occasionné compte tenu particulièrement de la forte fréquentation des lieux.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 octobre 2023, pris en application de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure les gens du voyage de quitter l'aire de stationnement de la gare de Neuville-sur-Oise dans le délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. Par la présente requête Mrs Rubi et B F demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est revêtu de la signature de M. D E, sous-préfet, directeur de cabinet, qui disposait d'une délégation du préfet du Val-d'Oise n° 23-020 en date du 2 mars 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise, à l'effet de signer, au nom du préfet les " arrêtés de mise en demeure de quitter les lieux aux gens du voyage irrégulièrement installés sur des propriétés publiques ou privées, en application des articles 9 et 9-1 de la loi du 5 juillet 2000 modifiée () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, ainsi que le rapport établi par les services de la police nationale le 3 octobre 2023, le procès-verbal de constat du commissaire de justice du 2 octobre 2023. Il ressort par ailleurs des termes mêmes de cet arrêté que le préfet s'est fondé sur le risque d'atteinte à la salubrité, à la sécurité et à la tranquillité publiques engendré par l'installation d'occupants sans droit ni titre sur le terrain en cause. Les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé sont ainsi suffisamment détaillées pour mettre en mesure les requérants d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 1er de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I. - Les communes participent à l'accueil des personnes dites gens du voyage et dont l'habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles installées sur des aires d'accueil ou des terrains prévus à cet effet. () ". Aux termes de l'article 9 de la même loi : " I.- Dès lors qu'une commune remplit les obligations qui lui incombent en application de l'article 2, son maire ou, à Paris, le préfet de police peut, par arrêté, interdire en dehors des aires d'accueil aménagées le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées à l'article 1er. Ces dispositions sont également applicables aux communes non inscrites au schéma départemental mais dotées d'une aire d'accueil, ainsi qu'à celles qui décident, sans y être tenues, de contribuer au financement d'une telle aire ou qui appartiennent à un groupement de communes qui s'est doté de compétences pour la mise en œuvre du schéma départemental. () II.-En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. () Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effets dans le délai fixé et n'a pas fait l'objet d'un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l'évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure. () II bis. -Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard ". Aux termes de l'article 9-1 de cette loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en oeuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. "

6. Il résulte de ces dispositions que, pour les communes qui entrent dans le champ d'application des dispositions de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2020, la mise en œuvre, par le préfet, de la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue par le II de l'article 9 de cette même loi en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques, n'est subordonnée qu'à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain.

7. D'une part, il résulte des pièces produites que la commune de Neuville sur Oise qui compte moins de 5 000 habitants, n'est pas inscrite au schéma départemental d'accueil des gens du voyage et elle n'est pas dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage. Par ailleurs, par courrier du 21 décembre 2020, le président de l'agglomération de Cergy-Pontoise a renoncé sur l'intégralité du territoire communautaire, au transfert notamment des pouvoirs de police en matière d'accueil des gens du voyage. Il suit de là que la commune de Neuville-sur-Oise relève des dispositions précitées de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2020. Par suite, le préfet a pu légalement sur demande du maire de Neuville-sur-Oise prendre l'arrêté de mise en demeure de quitter les lieux en litige.

8. D'autre part, pour prendre la décision en litige, le préfet du Val-d'Oise a constaté le stationnement de 24 caravanes installées sur l'aire de stationnement et que les occupants ont découpé à la scie une partie de la barrière de sécurité et de la barrière d'accès pivotante avec articulation permettant l'accès au parking, lequel ne comporte aucune installation sanitaire en conséquence aucune possibilité de vidanger les sanitaires chimiques installés dans les résidences mobiles entrainant dès lors un risque de prolifération de maladies dues à l'hygiène des personnes et des animaux, d'autant plus aigu compte tenu de la localisation de la forte affluence des usagers à la gare. Les caravanes se sont raccordées à l'électricité sur un coffret extérieur attenant au transformateur, branchement qui peut présenter des risques élevés pour la sécurité des personnes et la sécurité incendie car réalisé de façon non conventionnelle par des personnes non qualifiées. Il a également estimé que cette occupation illégale était susceptible de créer des troubles à l'ordre publique compte tenu de la proximité de la gare Neuville-Université (ligne A du RER) ainsi que des voies ferrées. L'autorité préfectorale en a déduit que cette installation illégale des gens du voyage portait atteinte à la salubrité, la sécurité et la tranquillité publiques.

9. Il ressort des pièces du dossier et particulièrement du rapport d'implantation établi le 3 octobre 2023 par le commissaire divisionnaire de police sur intervention sur le site concerné des services de police nationale le 1er octobre que le camp était en cours d'installation, 24 caravanes étant déjà installées à proximité de gare du RER A ainsi que des voies ferrées. Il a été constaté que les occupants ont découpé à la scie une partie de la barrière de sécurité permettant de limiter la hauteur des véhicules et de la barrière d'accès pivotante avec articulation autorisant l'accès au parking et que l'approvisionnement en électricité était réalisé depuis le transformateur installé sur la gauche du parking à la naissance du camp et qu'une grande partie de l'aire de stationnement réservé aux usagers de la gare était occupée par les caravanes. Par ailleurs, selon le procès-verbal de constat établi le 2 octobre 2023 par le commissaire de justice sur demande de la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise, une trentaine de caravanes étaient installées. Il note que des véhicules d'usagers sont stationnés à l'intérieur du campement. Il relève également outre la dégradation du dispositif d'accès du parc de stationnement, l'absence de commodités nécessaires à l'hygiène et la présence d'un branchement sauvage électrique sur un coffret extérieur attenant au transformateur. Au vu des photographies produites, il apparait que le raccordement auquel il a été procédé présente un risque pour la sécurité publique, le boitier de branchement demeurant en outre ouvert. De plus la défense fait valoir, sans être contredite, que ce branchement a été réalisé sur un coffret extérieur d'un équipement sensible surveillé, à savoir un surpresseur d'eau potable, indiquant qu'un court-circuit sur le tableau électrique dû à une trop forte pression emportera une coupure de l'alimentation en eau potable de dizaine de milliers de Cergy-Pontains. Il n'est par ailleurs pas sérieusement contesté que ce parc de stationnement est l'un des plus utilisés du territoire du fait notamment de l'implantation d'un IUT fréquentés par de nombreux étudiants et qu'il jouxte la gare du RER A

Neuville-sur-Oise. La présence de toilettes publiques à proximité de la gare du RER, au vu des éléments produits apparait très limitée en nombre et ne saurait donc suffire à évacuer tout risque sanitaire eu égard au nombre de résidences mobiles en cause et à la forte fréquentation de la gare de Neuville-sur-Oise. Il en résulte que le stationnement ayant fait l'objet de la mise en demeure est de nature à porter atteinte à la salubrité publique. Le préfet en outre fait valoir le risque de tensions avec les usagers du parc de stationnement compte tenu de l'obligation pour ceux-ci de faire demi-tour faute de place. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation au regard de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, que le stationnement de résidences mobiles sur ce parc de stationnement était de nature à porter atteinte à la salubrité, à la sécurité et à la tranquillité publiques, et prendre l'arrêté attaqué.

10. Enfin, aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, la mise en demeure de quitter les lieux " est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures ". En ordonnant aux occupants de quitter les lieux dans un délai de quarante-huit heures, délai qui n'est pas inférieur au délai prévu par la loi, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et B F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à M. B F, au préfet du Val-d'Oise, à la commune de Neuville-sur-Oise et à la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

H. Le GrielLa greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outres mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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