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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2313744

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313744

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 13 octobre 2023 ainsi que les 14 et 16 novembre 2023, M. F E, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2023 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir en le munissant, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- la décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation traduisant un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation relative à sa situation personelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont elle tire son fondement ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée, à cet égard, d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Dupin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 novembre 2023 :

- le rapport de M. Dupin, magistrat désigné ;

- les observations de Me Ardakani, substituant Me Monconduit, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens ;

- les observations de M. E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 25 mars 1972, est entré en France le 1er juin 2018 sous couvert d'un visa Schengen portant la mention " court séjour circulation " arrivé à expiration le 17 juin 2018, selon ses déclarations et s'est maintenu depuis sur le territoire français. Par un arrêté du 12 octobre 2023, le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2023-05-31-00005 du 31 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 78-2023-128 du même jour de la préfecture des Yvelines, Mme A C, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ".

4. Il résulte de l'examen de l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, que le préfet a mentionné les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation du requérant, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et a rappelé les éléments de sa situation administrative, familiale et personnelle notamment sa nationalité. Il a notamment précisé que l'intéressé s'est marié à Argenteuil le 19 novembre 2022, avec une ressortissante française. De même, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres éléments du dossier que le préfet aurait procédé à un examen insuffisamment circonstancié de la situation personnelle de M. E. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit ( ) 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

6. D'une part les stipulations de l'accord précité déterminent les conditions de délivrance d'un certificat de résidence algérien au regard de la situation matrimoniale et de la vie privée et familiale d'un ressortissant algérien. Il demeure constant toutefois que M. E ne justifie à la date de l'arrêté contesté d'aucune demande de titre de séjour attestée par la délivrance d'un récépissé, la simple demande de rendez-vous auprès de la préfecture du Val-d'Oise ne constituant à cet égard pas un élément suffisant. Par suite le moyen tiré de ces stipulations est inopérant dans un litige relatif à une mesure d'éloignement et ne peut par suite qu'être écarté.

7. Pour contester la décision en litige, M. E fait valoir qu'il est présent sur le territoire français depuis près de cinq ans à la date de la décision contestée et se prévaut de son mariage avec une ressortissante française, Mme B D, le 19 novembre 2022 à Argenteuil. Toutefois, le requérant ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a résidé jusqu'à l'âge de quarante-six ans. Ainsi, eu égard à la durée de son séjour sur le territoire, et au caractère récent de sa vie commune avec son épouse à la date de la décision attaquée, ces éléments sont insuffisants pour établir qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que le refus de séjour méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. E n'établit pas que l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français est illégale. Il n'est donc pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre du refus de lui octroyer un délai de départ volontaire.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. Pour refuser à M. E un délai de départ volontaire, le préfet des Yvelines s'est fondé sur le risque que celui-ci se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, dans la mesure où, d'une part, il s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa et, d'autre part, il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. En l'espèce, si M. E se prévaut d'une vie commune avec son épouse et soutient disposer d'une adresse stable au domicile conjugal, ces circonstances ne sauraient être regardées comme particulières au sens et pour l'application des dispositions précitées, dès lors que M. E n'établit ni être entré régulièrement sur le territoire français, ni avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 de la présente décision, le préfet n'a pas entaché sa décision de refus d'un octroi de délai de départ volontaire d'un défaut de motivation.

12. Il résulte de l'ensemble ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2023 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais du litige :

13. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E devant être rejetées, il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles tendant à l'application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Me Monconduit et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. Dupin

Le greffier,

signé

M. G

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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