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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2313937

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313937

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGARCIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 17 octobre 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a renvoyé le dossier de la requête, enregistrée le 28 septembre 2023, de M. B A au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Par cette requête et un mémoire complémentaire enregistré le 29 septembre 2023, M. A, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'ordonner la communication de son dossier par le préfet des Hauts-de-Seine, sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

en ce qui concerne l'arrêté d'en son ensemble :

- il a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu, garanti notamment par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il a été pris suite à une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été informé de son droit de faire appel à un avocat ;

- son droit à être entendu a été mis en œuvre de manière déloyale ;

en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, porte une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public et méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3-2 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

en ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en l'absence de caractère objectif du risque de fuite et méconnaît la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

en ce qui concerne la fixation du pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

en ce qui concerne l'interdiction de circulation :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 9 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine fait savoir qu'il n'a pas d'observations à communiquer et conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant italien né le 12 février 1994, soutient être entré en France en septembre 2021. Le 26 septembre 2023, il a été interpellé à son domicile pour des faits de violence conjugale. Suite à son audition, le préfet des Hauts-de-Seine, par un arrêté du 27 septembre 2023, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants communautaires : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

3. Pour décider de l'obliger à quitter le territoire français en application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que M. A avait été interpelé et placé en garde à vue le 26 septembre 2023 dans le cadre d'une enquête pour des faits de viol sur son épouse et que ces faits constituaient du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Toutefois, alors que le requérant, lors de son audition par les services de police, a constamment nié avoir agressé sexuellement son épouse, cette circonstance ne ressort d'aucune pièce du dossier, étant relevé, à cet égard, que M. A n'a pas fait l'objet de poursuites pénales de ce chef. Dans ces conditions, c'est à tort que le préfet des Hauts-de-Seine a estimé que le comportement de M. A constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens des dispositions précitées. M. A est ainsi fondé, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête ni, en tout état de cause, qu'il y ait lieu d'ordonner la production du dossier administratif de l'intéressé, à demander l'annulation de l'arrêté qui lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, et, par voie de conséquence, de la mesure d'interdiction de circuler sur le territoire qui l'a assorti.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement n'implique pas de réexaminer la situation de M. A ni de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Elle implique en revanche que le préfet des Hauts-de-Seine procède à l'effacement du signalement de M. A du système d'information Schengen à fin de non admission. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État au profit de M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 septembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2313937

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