mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2313939 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MAZEAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023, Mme B E, représentée par Me Mazeas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour valable un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut de réexaminer sa situation, et ce, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour sans délai à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre
- elle est entachée d'un défaut de compétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 22 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Viain, premier conseiller,
- les observations de Me Grégoire, se subsituant à Me Mazeas et représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante algérienne née le 11 septembre 1974, est entrée en France le 27 février 2019 munie d'un visa Schengen valable du 12 décembre 2018 au 12 mars 2019. Elle s'est marié le 17 février 2019 avec M. F et a sollicité le 8 mars 2023 son admission au séjour dans le cadre des dispositions du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 18 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par la requête susvisée, Mme E demande l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
3. En l'espèce, Mme E fait valoir qu'elle est entrée en France en février 2019, qu'elle s'est mariée le 17 février 2019 à M. F, ressortissant algérien résidant en France, titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans et père de deux enfants nés d'un premier lit et dont la mère, atteinte d'un lourd handicap psychologique, ne peut pas s'occuper. Elle soutient par ailleurs que sa présence est indispensable à l'éducation et à la vie affective de ces deux enfants. Il ressort du jugement du 2 décembre 2020 du tribunal pour enfants de C et du jugement du 2 décembre 2021 du tribunal pour enfant de G, versés par la requérante, que M. F a été en mesure, grâce à la présence de sa nouvelle compagne, de reprendre en charge ses fils, A et D, et que celle-ci a joué un rôle déterminant dans la décision judiciaire de lever le placement à l'aide sociale à l'enfance des deux enfants. Par ailleurs, l'association " Sauvegarde du Val-d'Oise " témoigne de ce que Mme E contribue effectivement à l'éducation de ses deux beaux-enfants et l'association " Foyer de l'enfance les Recollets " confirme que le père travaillant à temps plein, Mme E doit assurer leur prise en charge quotidienne. En outre, des attestations circonstanciées de proches et de voisins attestent de la proximité affective de la requérante avec ses beaux-enfants. Il ressort de l'ensemble de ces éléments nombreux et concordants, auxquels le préfet n'oppose aucun argument précis en défense, que Mme E occupe un rôle éducatif essentiel auprès A et de D en leur permettant de retrouver une vie familiale et affective stable. Par suite, la décision du 18 septembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme E qui, au regard de ses effets, doit être regardée comme une décision concernant ses deux beaux-enfants, A et D, au sens des stipulations précitées, méconnaît l'intérêt supérieur de ces enfants en violation de ces stipulations.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués à l'encontre de cette décision que, dans les circonstances particulières de l'espèce, Mme E est fondée à demander l'annulation de la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour. L'illégalité de cette décision prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français. Il s'ensuit que l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 18 septembre 2023 doit être annulé dans l'ensemble de ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. L'annulation par le présent jugement de l'arrêté du 18 septembre 2023 implique, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme E un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 18 septembre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme E un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Mme E la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2313939
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026