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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314223

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314223

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314223
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGRANDSIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Grandsire, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise produit les pièces constitutives du dossier de M. B et conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Amazouz pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2023 :

- le rapport de M. Amazouz,

- les observations de Me Grandsire, avocate désignée d'office de M. B, assisté de M. C, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que l'arrêté contesté est entaché d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant,

- les observations orales de M. B,

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 14 septembre 1991, est entré sur le territoire français le 23 septembre 2017 selon ses déclarations et a sollicité, le 29 novembre 2017, son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande d'asile a fait l'objet d'une décision de rejet du directeur général de l'Office français de protection et apatrides (OFPRA) en date du 19 mars 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 11 janvier 2019. Sa première demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA en date du 19 juillet 2022, confirmée par la CNDA le 25 novembre 2022. Par un arrêté du 27 septembre 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier qu'avant de l'obliger à quitter le territoire français et de fixer le pays de destination, le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B au regard des éléments portés à sa connaissance. En particulier, si le requérant fait valoir que l'arrêté en litige ne mentionne pas qu'il est père de deux enfants et qu'il indique à tort que son épouse réside à l'étranger, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'intéressé en aurait informé les services de la préfecture avant l'édiction de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un examen doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

4. M. B, qui se prévaut de la durée de son séjour en France depuis septembre 2017, soutient qu'il réside sur le territoire français avec son épouse et ses deux enfants mineurs, qui y sont nés, et qu'il travaille occasionnellement. Toutefois, la durée de séjour dont le requérant se prévaut résulte de son maintien en France en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 31 mai 2019. En outre, le requérant ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle stable et ancienne sur le territoire français en se bornant à produire un certificat de travail mentionnant qu'il a été employé en tant que blancheur-coffreur entre le 17 octobre 2022 et le 31 décembre 2022. Par ailleurs, l'intéressé, qui ne fournit aucune précision sur les liens de toute nature qu'il aurait noués sur le territoire français, ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'il emmène avec lui son épouse, qui est en situation irrégulière, et leurs enfants et à ce qu'il poursuive normalement sa vie privée et familiale à l'étranger et, en particulier, en Turquie, où il a vécu de nombreuses années et où il n'allègue pas être dépourvu de tout attache familiale. Il n'établit pas davantage qu'il serait, ainsi que les membres de sa famille, dans l'impossibilité de se réinsérer dans son pays d'origine ou que ses enfants ne pourraient pas y bénéficier d'une scolarisation normale. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté en litige n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 27 septembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

S. Amazouz Le greffier,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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