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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314451

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314451

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET RAFFIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023, Mme G H et M. E F, représentés par Me Picquet, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative en vue d'apprécier si les travaux d'isolation prévus sur leurs logements localisés 35 rue du docteur D, parcelle cadastrée AE16 à Chars (95750), sont conformes aux règles de l'art et de dresser un état des malfaçons résultant des travaux réalisés en accord avec la société SNCF Réseau ;

2°) en cas d'urgence, d'autoriser l'expert à faire exécuter les mesures de sauvegarde, par des entreprises de son choix, à ses frais avancés et pour le compte de qui il appartiendra ;

3°) d'enjoindre à l'expert de donner son avis sur les comptes présentés par les parties ;

4°) de fixer la provision à consigner au greffe à titre d'avance sur les honoraires d'expertise.

Ils soutiennent que :

- en tant que voisins immédiats de la ligne ferroviaire reliant Paris à Gisors et dans le cadre d'une opération de modernisation de cette ligne, ils se sont vus proposer par la société SNCF Réseau une participation à la rénovation phonique de leurs habitations pour laquelle ils ont signé une convention le 12 janvier 2022 ;

- après avoir constaté des anomalies sur les travaux, ils ont demandé à M. C, expert en bâtiment, son avis technique sur les travaux d'isolation acoustique réalisés et ce dernier a conclu à leur non-conformité aux règles de l'art dans son rapport le 10 août 2023 ;

- une mesure d'expertise est utile afin de fixer contradictoirement l'ampleur des malfaçons.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 novembre 2023 et 28 février 2024, la société SNCF Réseau, représentée par Me Labetoule, ne s'oppose pas à la demande d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut :

1°) à ce que la mission de l'expert ne porte que sur l'examen des éventuelles malfaçons résultant des travaux objets de la convention du 12 janvier 2022 ;

2°) à la mise en cause de la société Setec Organisation, en sa qualité de mandataire de SNCF Réseau ;

3°) au rejet des conclusions de la société Vexin entreprise JB tendant au versement d'une provision et à ce que l'expert donne son avis sur la date de réception des travaux avec réserve ou non ;

4°) à ce que les frais d'expertises soient mis à la charge de Mme H et de M. F.

Elle fait valoir que :

- elle ne s'oppose pas à l'expertise, qui devra être limitée aux travaux d'isolation acoustique faisant l'objet de la convention du 12 janvier 2022 ;

- la société Setec organisation, intervenue en qualité de mandataire de SNCF Réseau, chargée de superviser le maître d'œuvre, dont la responsabilité est susceptible d'être engagée dans les désordres, doit être mise en cause ;

- il n'appartient pas à l'expert de donner son avis sur la date de réception des travaux, avec ou sans réserves comme le demande la société Vexin entreprise JB ;

- la demande de provision de la société Vexin entreprise JB est irrecevable et se heurte à une contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2023, le groupe Gamba, représenté par Me de Cosnac, ne s'oppose pas à la demande d'expertise et conclut à la limitation de la mesure d'expertise.

Elle fait valoir qu'elle ne s'oppose pas à l'expertise, qui devra être limitée aux travaux d'isolation acoustique faisant l'objet de la convention du 12 janvier 2022.

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 janvier et 15 mars 2024, la société Setec Organisation, représentée par Me Neyret, ne s'oppose pas à la demande d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut à la limitation de la mesure d'expertise, au rejet des demandes de la société Vexin Entreprise JB et à ce que les dépens soient mis à la charge des requérants.

Elle fait valoir que :

- elle ne s'oppose pas à l'expertise, qui devra être limitée aux travaux d'isolation acoustique faisant l'objet de la convention du 12 janvier 2022 ;

- il n'appartient pas à l'expert de donner son avis sur la date de réception des travaux, avec ou sans réserves comme le demande la société Vexin entreprise JB ;

- la demande de provision de la société Vexin entreprise JB est irrecevable et se heurte à une contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2024, la société Vexin Entreprise JB, représentée Me Auchet ne s'oppose pas à la demande d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage, conclut à la limitation de la mesure d'expertise et demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à l'expert de donner son avis sur la date de réception des travaux ;

2°) d'enjoindre l'expert de donner son avis sur les comptes présentés par les parties ;

3°) de lui verser une provision de 18 000 euros à la charge de la société Setec Organisation ;

4°) de mettre les dépens à la charge des requérants.

Elle fait valoir que :

- elle ne s'oppose pas à l'expertise, qui devra être limitée aux travaux d'isolation acoustique faisant l'objet de la convention du 12 janvier 2022 ;

- le solde des travaux, à hauteur de 20 724,67 euros, ne lui a pas été réglé et elle sollicite le versement d'une provision à hauteur de 18 000 euros.

La requête a été communiquée à la société DM Fermetures qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Grenier, première vice-présidente du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission (). ".

2. L'expertise demandée par Mme H et M. F présente un caractère utile, et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à leur demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

3. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'autorisation de travaux :

4. Il n'appartient pas au juge des référés d'autoriser l'expert à faire exécuter les mesures de sauvegarde, par des entreprises de son choix, à ses frais avancés et pour le compte de qui il appartiendra.

Sur la demande de provision :

5. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable (). ".

6. En l'état de l'instruction, les conclusions présentées par la société Vexin Entreprise JB tendant au versement d'une provision correspondant à une partie du solde des travaux qui ne lui a pas été réglé ne peuvent être regardées comme étant non sérieusement contestables au sens des dispositions citées au point précédent. Par suite, les conclusions à fin de versement d'une provision présentées par la société Vexin Entreprise JB doivent être rejetées.

Sur la demande de la société Vexin Entreprise JB relative à la réception des travaux :

7. En l'état de l'instruction, la détermination de la date de réception des travaux n'apparaît pas utile. Par suite, il n'y a pas lieu d'y faire droit.

Sur la demande d'examen des comptes des parties :

8. Mme H, M. F et la société Vexin Entreprise JB demandent au juge des référés de demander à l'expert de donner son avis sur les comptes présentés par les parties. Or, une telle mission est relative à la qualification juridique des faits et aux conséquences juridiques à tirer de constatations de fait. Portant ainsi non sur des questions de fait mais sur des questions de droit, elle n'est pas de celles que le juge peut ordonner à un expert. La demande des requérants et de la société Vexin Entreprise JB tendant à ce que le juge des référés ordonne à l'expert de donner son avis sur les comptes des parties est, en conséquence, rejetée.

Sur les dépens et les frais d'expertise :

9. Aux termes de l'article R. 761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction (). ".

10. Il résulte de ces dispositions, que, dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au seul président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient, par suite, pas au juge des référés de déterminer la charge des frais d'expertise qu'il ordonne, ni de réserver les dépens pour le futur.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A B, exerçant 75 rue de l'Eglise à Paris (75015), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se rendre sur les lieux, propriétés de Mme H et M. F, 35 rue du docteur D, parcelle cadastrée AE16 à Chars (95750) ;

- procéder aux constatations et relevé précis et détaillé des désordres résultant des travaux réalisés par la société DM Fermetures et la société Vexin Entreprise JB en se faisant communiquer ou en recherchant tous éléments qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

- dire si ces désordres résultent des travaux d'isolation acoustique prévus par la convention conclue avec SNCF Réseau le 12 janvier 2022 ;

- rechercher si des désordres proviennent de la non-conformité aux documents contractuels ou aux règles de l'art ;

- donner un avis motivé sur les causes et origines de chaque désordre et malfaçon dont il s'agit, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'immeuble endommagé et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

- indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité des ouvrages et un usage propre à leur destination, en précisant s'il en résulte une plus-value ;

- d'une façon générale, recueillir tous éléments techniques et de fait et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis en cas de saisine au fond de la juridiction.

Article 2 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de Mme H, de M. F, la société SNCF Réseau, du groupe Gamba, de la société Vexin Entreprise JB, de la société DM Fermetures et de la société Setec Organisation.

Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 du code de justice administrative. Des copies du rapport seront notifiées aux parties intéressées par l'expert et, avec leur accord, par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 5 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme G H, à M. E F, à la société SNCF réseau, au groupe Gamba, à la société Vexin Entreprise JB, à la société DM Fermetures, à la société Setec Organisation et M. A B, expert.

Fait à Cergy, le 18 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

C. Grenier

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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