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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314465

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314465

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGULER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 18 octobre 2023, le Président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête présentée le 10 août 2023 par M. B.

Par cette requête enregistrée le 27 octobre 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 29 novembre 2023, M. B, représenté par Me Guler, avocate commise d'office, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délais et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer sa situation.

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen ;

- elles sont entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 et 30 novembre 2023, le préfet de police de Paris, conclut au rejet de la requête et produit les pièces du dossier. Il fait valoir que les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français sont irrecevables car dirigées à l'encontre d'une décision inexistante et qu'en tout état de cause l'arrêté du 28 avril 2023 portant obligation de quitter le territoire français, notifié le même jour au requérant, est devenu définitif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Dupin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 novembre 2023 :

- le rapport de M. Dupin, magistrat désigné,

- les observations de Me Guler, avocate commise d'office représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 14 septembre 2000, est entré sur le territoire français en septembre 2022 selon ses déclarations. M. B a été interpelé le 8 août 2023 pour des violences en état d'ivresse sur personne vulnérable ayant entrainé une ITT de moins de huit jours et rébellion. Par un arrêté du 9 août 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de police de Paris a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et le refus d'octroi de délai de départ volontaire :

2. Il ressort des mentions de l'arrêté du 9 août 2023 que ce dernier ne comporte nulle décision portant obligation de quitter le territoire français ni refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. En outre l'arrêté du 28 avril 2023 du préfet de Saône et Loire portant obligation de quitter le territoire sans délai n'a pas fait l'objet d'un recours et est par suite devenu définitif à la date de la décision d'interdiction de retour sur le territoire attaquée dans le présent litige. Dès lors les moyens dirigés contre des décisions inexistantes sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

3. Il résulte du point précédent que le moyen dirigé contre l'interdiction de retour sur le territoire français par la voie de l'exception d'illégalité manque en fait et ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans délai des motifs des décisions individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques, ou de manière générale, constituent une mesure de police (). " Aux termes de l'article L.211-5 du même code, " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision contestée vise les textes dont elle fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également les circonstances de faits propres à la situation personnelle et familiale de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet de police de Paris s'est fondé pour prendre l'arrêté contesté, notamment la circonstance qu'il est sans charge de famille en France et qu'il n'allègue pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. Dès lors, l'arrêté en litige apparaît suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

7. En l'espèce, il est constant que M. B est célibataire, et qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Il n'est en outre nullement contesté que l'intéressé a été interpelé le 8 août 2023 pour des faits de violence en état d'ivresse sur personne vulnérable ayant entraîné une ITT de moins de huit jour en rébellion, nonobstant l'absence de poursuite pénale à ce jour. Dans ces conditions, M. B ne démontre nullement avoir constitué des relations stables, anciennes et intenses sur le territoire français, ni ne justifie d'une intégration particulière, en sorte que le préfet de Police ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en édictant la décision contestée. Le moyen tiré des stipulations précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation relative à sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire. En revanche, si, après prise en compte de chacun de ces critères, le préfet ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, il n'est pas tenu, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. D'une part, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet a pris la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en considération, d'une part, de la circonstance que M. B ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire, d'autre part, que sa situation familiale ne fait pas état de fortes attaches sur le territoire. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par le préfet, au vu de la situation de l'intéressé, des critères prévus par la loi. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. D'autre part, M. B ne fait état d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour qui doit assortir en principe, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation faite à un ressortissant étranger de quitter le territoire français lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Compte tenu des éléments de sa situation personnelle énoncés au point 7 du présent jugement, le préfet de police, en fixant à 36 mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, n'a pas méconnu les dispositions précitées. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 août 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige :

13. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête devant être rejetées, il en va de même, par voie de conséquence, de celles présentées à fin d'injonction comme de celles relatives aux frais du litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Guler et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 7 décembre 2023.

Le Magistrat désigné,

signé

F. Dupin La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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