mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2314467 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CHARLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement le 27 octobre 2023 et le 1er novembre 2023 ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 31 octobre 2023, M. C représenté par Me Charles demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pendant une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Charles s'il est définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou à son bénéfice dans le cas contraire.
Il soutient que l'arrêté :
- est entaché d'un vice d'incompétence ;
- a été irrégulièrement notifié au regard de l'absence d'information conformément à aux dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'un vice de forme pour défaut de motivation ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation :
- méconnaît les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que son droit à être entendu ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Gabarda, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 novembre 2023 :
- le rapport de M. Gabarda, magistrat désigné ;
- les observations de Me Albera substituant Me Charles qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.
- le préfet du Val d'Oise n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C ressortissant congolais né en 1984 a fait l'objet le 23 octobre 2023 d'un arrêté du préfet du Val-d'Oise portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire ainsi que d'une décision de placement en rétention administrative pour la période du 23 octobre 2023 au 25 octobre 2023. A la suite de l'annulation de cette dernière mesure par une ordonnance du juge des libertés et de la détention en date du 25 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise, a par un arrêté pris le même jour ordonné son assignation en résidence sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C demande l'annulation de cet arrêté du 25 octobre 2023 portant assignation à résidence.
Sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les autres conclusions :
3. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme B D, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Val-d'Oise n°23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département pour signer les décisions portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. / () ". Aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ".
5. L'information prévue par ces dispositions ayant seulement pour objet d'informer le ressortissant étranger des conséquences de la mesure d'assignation à résidence à la suite du prononcé de cette mesure, le défaut de remise du formulaire prévu à l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
7. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle vise les textes dont il est fait application, notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'elle précise également d'une part que M. C a fait l'objet le 23 octobre 2023 d'une mesure d'éloignement prise moins d'un an auparavant pour laquelle le délai de départ volontaire n'a pas été accordé et d'autre part qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français alors que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Les motifs de droit et de fait fondant la mesure prononcée étant ainsi énoncés, le préfet n'était pas tenu de rappeler l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que la situation personnelle de M. C n'aurait pas fait l'objet d'un examen approfondi préalablement à l'édiction de la décision en litige. Le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit ainsi être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
10. En l'espèce, ces stipulations ne s'adressant pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union, le requérant ne peut utilement se prévaloir de leur méconnaissance à l'appui de la contestation de la décision litigieuse. Si M. C peut toutefois se prévaloir de la méconnaissance de son droit d'être entendu, lequel fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, il se borne toutefois à faire valoir sans aucune autre précision utile qu'il avait des informations essentielles à communiquer sur sa situation personnelle et ne démontre pas avoir été privé de la possibilité de communiquer au préfet du Val-d'Oise, préalablement à l'édiction de la mesure d'assignation à résidence, des informations pertinentes de nature à influer sur le sens de cette décision. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ".
12. Si le requérant soutient que la décision portant assignation à résidence dans le département du Val-d'Oise est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne démontre pas être en situation de quitter immédiatement le territoire français et n'établit pas davantage que son départ ne constituerait pas une perspective raisonnable alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise le 23 octobre 2023 pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Ainsi, le préfet a pu l'assigner à résidence sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. En septième lieu, si M. C conteste par la voie de l'exception la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet du Val-d'Oise le 23 octobre 2023, il se borne toutefois à soutenir que cette décision est entachée d'illégalité en raison d'un défaut d'examen, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un détournement de pouvoir des lors qu'il dispose d'une convocation à l'effet de déposer une demande de titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si le requérant dispose bien d'une convocation en sous-préfecture d'Argenteuil délivrée le 11 octobre 2023, celle-ci précise cependant qu'elle ne lui confère aucun droit au séjour dès lors que la demande présentée est une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
15. Ainsi, qu'il été énoncé au point 12, la décision contestée est bien fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et constitue ainsi une mesure nécessaire au sens et pour l'application des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, le requérant qui se borne à invoquer l'existence d'une relation sentimentale ainsi que la nécessité pour lui de rendre visite à son fils ne démontre pas que la mesure d'assignation à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de 45 jours ainsi que l'obligation de se présenter trois fois par semaine les lundis, mercredis, et vendredis entre 8h et 12h au commissariat de police de la commune d'Ermont serait de nature à porter une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie familiale normale ainsi qu'à l'intérêt supérieur de son enfant. Enfin, si le requérant soutient par l'intermédiaire de son conseil lors de l'audience publique que la décision litigieuse est illégale en son article 3 en ce qu'elle lui interdit de quitter le département du Val-d'Oise au motif que son activité salariée lui impose de travailler en dehors de ce même département, il ne produit toutefois aucune pièce de nature à en justifier et n'établit pas davantage que cette mesure fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile porterait une atteinte disproportionnée à la liberté de travailler. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.
16. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête doivent donc être rejetées, ainsi que par voie de conséquence celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 7 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
O. Gabarda La greffière,
signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2314467
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026