Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314502

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantJASPER AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, a ordonné une expertise médicale à la demande de M. B. Cette mesure vise à déterminer les conditions de sa prise en charge à l'hôpital militaire de Percy en septembre 2021, notamment concernant l'oubli présumé d'un corps étranger lors d'une intervention chirurgicale. Le tribunal a rejeté les demandes de pré-rapport, de consignation et de réservation des dépens, ces éléments relevant de la procédure d'expertise ou du juge du fond.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Papin, demande au juge des référés,

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions dans lesquelles il a été pris en charge pour le traitement d'une angiocholite en septembre 2021 par l'hôpital militaire de Percy situé à Clamart (92140) ;

2°) d'enjoindre à l'expert de déposer un pré-rapport ;

3°) de fixer la provision à consigner au greffe ;

4°) de réserver les dépens et les frais exposés et non compris dans les dépens.

Il soutient que :

- une carence fautive dans l'assistance médicale de l'unité de soins a concouru à l'oubli d'un corps étranger, probablement un cathéter, lors de l'intervention chirurgicale du 22 septembre 2021 ;

- une réclamation amiable introduite le 4 juillet 2023 n'a pas reçu de réponse ;

- l'expertise est utile afin de déterminer l'ampleur de la faute et des préjudices dans le cadre d'une future action contentieuse devant le juge administratif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, représenté Me Roquelle-Meyer, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut :

1°) à ce que la mission de l'expert soit complétée ;

2°) à ce qu'il soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport ;

3°) à ce que les dépens soient réservés.

Il fait valoir qu'il ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée, dont la mission devra être complétée.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2023, le ministre des armées, n'entend pas s'opposer à la demande d'expertise.

La requête a été transmise à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts de Seine et à l'hôpital militaire de Percy qui n'ont pas produit d'observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Grenier, première vice-présidente du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ". Aux termes de l'article R. 532-5 de ce code : " Les dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9, sont applicables aux référés mentionnés à l'article R. 532-1, sous réserve des dispositions du présent chapitre (). ".

2. L'expertise demandée par M. B relative aux conditions de sa prise en charge par l'hôpital militaire de Percy présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

3. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité. Il suit de là que les conclusions tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communiqué aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la demande relative à la consignation :

5. L'expertise demandée par le requérant sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative n'est pas soumise à la procédure de consignation préalable d'une provision. La demande présentée par M. B à ce titre ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

Sur les dépens :

6. Aux termes de l'article R. 761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ". Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur les conclusions de M. B et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux tendant à la réserve des dépens.

Sur les frais d'instance :

7. Il n'appartient pas au juge des référés, dans le cadre de la présente procédure, qui ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'instruction, de réserver les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D C, exerçant au 16 rue Picot à Paris (75116), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. B et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge par l'hôpital militaire de Percy ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; recueillir les doléances ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. B ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

- rappeler l'état de santé antérieur de M. B et décrire son état de santé à la date de l'expertise ;

- décrire les conditions dans lesquelles M. B a été pris en charge par les services l'hôpital militaire de Percy ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. B et aux symptômes qu'il présentait ;

- en cas de faute, évaluer les préjudices imputables aux manquements éventuels en les distinguant des conséquences normalement prévisibles et de tout état antérieur ou étranger;

- donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) ont fait perdre à M. B une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; dans cette hypothèse, quantifier la perte de chance ;

- décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de M. B, non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par l'hôpital militaire de Percy si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, assistance tierce-personne, pertes de revenus, incidence professionnelle du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) en distinguant, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;

- dire si les préjudices subis sont directement imputables à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins et préciser lesquels ; préciser les causes possibles du dommage et rechercher si d'autres pathologies ont pu interférer et notamment une pathologie initiale ; dire si on est en présence de conséquences anormales au regard de l'état de santé de la personne et de l'évolution prévisible de son état ;

- de manière générale, réunir tous les éléments permettant de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de M. B.

Article 2 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 3 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 du code de justice administrative, dans les meilleurs délais. Des copies du rapport seront notifiées aux parties intéressées par l'expert et, avec leur accord, par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 5 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à l'hôpital militaire de Percy, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts de Seine, au ministre des armées et à M. D C, expert.

Fait à Cergy-Pontoise, le 18 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

C. Grenier

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.