Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314542
jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2314542 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | WATAT |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 octobre 2023 et 17 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Watat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
La décision portant obligation de remise du passeport :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Buisson, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante camerounaise née le 2 juillet 2002 à Douala, est entrée en France en novembre 2017 selon ses déclarations et a été mise en possession d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 2 mai 2022 au 1er mai 2023. Elle a sollicité, le 15 mai 2023, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des article L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 octobre 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet du Val d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas utilement contesté, que Mme A, née de père inconnu et abandonnée par sa mère à l'âge de 7 ans, est entrée en France en 2017 alors qu'elle était âgée de 15 ans et a été hébergée par des tiers. Elle a été successivement scolarisée, à Bagnolet, au collège Travail-Langevin puis au Lycée des métiers de l'énergie Eugène Hénaf, jusqu'à l'obtention de son baccalauréat technologique avec la mention " assez bien " au titre de la session 2021. Il ressort des pièces du même dossier que Mme A s'est inscrite, pour l'année universitaire 2021-2022, en première année de Bachelor Arts et Design à l'école supérieure de design, d'arts appliqués et de communication (ESDAC) de Lille. Mme A fait aussi valoir, sans être utilement contredite sur ce point, qu'elle a rencontré des difficultés financières qui l'ont empêché de s'inscrire à une formation pour l'année universitaire 2022-2023. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, et compte tenu de notamment de l'âge de la requérante au moment de son entrée sur le territoire français, de son parcours scolaire et des conditions de son insertion dans la société Française, le préfet du Val d'Oise, en prenant l'arrêté attaqué a entaché cet acte d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.
3. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Les motifs d'annulation du présent jugement impliquent, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait, d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Watat avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Watat de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Val d'Oise du 18 octobre 2023 est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à Me Watat une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Watat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Watat et au préfet du Val d'Oise.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Buisson, président ;
- Mme L'Hermine, première conseillère ;
- M. Ausseil, conseiller ;
assistés par Mme Duroux, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
signé
L. Buisson
L'assesseur le plus ancien,
signé
M. Ausseil
La greffière,
signé
C. Duroux
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°231454