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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314543

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314543

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET PARME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 octobre et le 15 novembre 2023, la société A et Expertise Monétique (EXM), représentée par Me Nugue, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution du marché public N° 23-007INF conclu entre le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (CNOUS) et la société Verifone en date du 31 août 2023 et portant sur l'achat ou la location de terminaux de paiement électronique ;

2°) d'enjoindre au CNOUS de réexaminer les offres qui lui ont été soumises en se conformant à ses obligations ;

3°) de mettre à la charge du CNOUS la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que :

* le choix de la société Verifone implique nécessairement le développement d'un second logiciel de suivi des paiements ; il résulte de cela un surcoût supporté par le pouvoir adjudicateur qui est de nature à porter une atteinte suffisamment grave et immédiate à un intérêt public ;

* l'exécution du contrat porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts économiques dès lors que les accords-cadres régionaux dont elle est titulaire avec plusieurs CROUS ne seront pas renouvelés.

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

* le marché a été attribué à un soumissionnaire dont l'offre est irrégulière ou inappropriée, dès lors que son offre, qui propose un matériel incompatible avec le logiciel de paiment, n'est pas conforme aux attentes du pouvoir adjudicateur ;

* le CNOUS a commis une erreur manifeste d'appréciation des offres sur le critère de la valeur technique ;

* le CNOUS a commis une erreur manifeste d'appréciation des offres sur le critère du prix.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, la société Verifone System, représentée par Me Noël et Me Perois, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société EXM.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2023, le CNOUS, représenté par Me Hasday, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 6 000 euros soit mise à la charge de la société EXM.

Vu :

- la requête n° 2314726, enregistrée le 30 octobre 2023, par laquelle la société E.X.M. demande l'annulation du contrat litigieux ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bories, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 15 novembre 2023 à 14 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Bories, juge des référés,

- les observations de Me Moutte, substituant Me Nugue, représentant la société EXM, qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens et insiste sur l'urgence constituée par le surcoût, pour la collectivité publique, que représente le marché conclu avec la société Verifone, compte tenu de l'incompatibilité de ses TPE avec le logiciel de paiement du CNOUS, sur la circonstance que le marché n'a pas reçu de début d'exécution, et sur le doute sérieux dont serait entachée la légalité du contrat litigieux, eu égard à l'insistance des documents de la consultation sur le matériel Ingenico utilisé par le CNOUS, qui n'a pas indiqué qu'un autre matériel était envisageable ;

- les observations de Me Hasday pour le CNOUS, en présence de M. B, qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens et soutient en outre que la société requérante ne démontre ni péril imminent pour sa survie économique, ni risque substantiel pesant sur la situation financière du CNOUS ou des CROUS, ni l'ampleur du surcoût représenté par le changement de ses TPE, dès lors que le coût de l'adaptation des appareils Verifone au logiciel du CNOUS est supporté par l'attributaire du marché et non par le pouvoir adjudicateur, qu'en outre la procédure de passation du marché public n'a pas interdit aux candidats de proposer un autre matériel que les TPE Ingenico, qu'enfin l'adaptation des TPE Verifone au logiciel a été menée à bien ;

- et les observations de Me Perois pour la société Verifone qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 août 2023, le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (CNOUS) a conclu un marché public portant sur l'achat ou la location de terminaux de paiement électronique (TPE) avec la société Verifone. Par la présente requête, la société E.X.M. A et Expertise Monétique demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de ce marché public.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. / Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du rapporteur public. ".

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Enfin, la condition d'urgence doit être appréciée à la date à laquelle le juge des référés statue.

4. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige, la société requérante fait valoir, d'une part, que le contrat litigieux porte atteinte à ses intérêts économiques et, d'autre part, qu'il représente pour le CNOUS un surcoût tel qu'il nuit à l'intérêt public. S'agissant de la menace sur sa situation économique, elle ne verse aux débats aucun élément chiffré ni pièce comptable, et n'établit ainsi pas que le contrat litigieux serait de nature à mettre en péril la pérennité de l'entreprise ou le versement des salaires aux salariés. S'agissant de l'atteinte à un intérêt public, elle se prévaut du surcoût que représente l'adoption de matériel Verifone par le CNOUS, dont les TPE étaient jusqu'alors exclusivement de marque Ingenico, seuls compatibles avec son logiciel de paiement Logica2. Il résulte toutefois de l'instruction que les TPE Verifone peuvent être adaptés à ce logiciel et qu'aux termes du marché litigieux, ce travail d'adaptation est à la charge de l'attributaire au titre de la mission 1 : Initialisation. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction qu'une partie significative des TPE Ingenico utilisés par les CROUS devrait être remplacée de manière prématurée et à brève échéance par des appareils Verifone. L'impact financier du contrat litigieux sur la situation budgétaire du CNOUS n'est dès lors pas établi. La société requérante ne justifie ainsi pas d'une atteinte grave et immédiate à ses intérêts ou à un intérêt public de nature à justifier l'urgence. Il s'ensuit que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut, en l'espèce, être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris en ses conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant au versement d'une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société EXM la somme de 1 000 euros à verser, d'une part, au CNOUS et, d'autre part, à la société Verifone au titre de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société EXM est rejetée.

Article 2 : La société EXM versera une somme de 1 000 euros au CNOUS et une somme de 1 000 euros à la société Verifone en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société E.X.M. A et Expertise Monétique, au Centre national des œuvres universitaires et scolaires et à la société Verifone.

Fait à Cergy, le 16 novembre 2023.

Le juge des référés,

signé

C. Bories

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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