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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314546

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314546

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGRANDSIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 octobre 2023, M. C B, représenté par Me Grandsire, avocate désignée d'office, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé son transfert aux autorités bulgares, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Il soutient que :

- il a fait l'objet de mauvais traitements répétés de la part de la part des autorités bulgares et craint de faire de nouveau l'objet de tel traitements en cas d'exécution de l'arrêté attaqué ;

- en cas de transfert en Bulgarie, il risque d'être remis aux autorités turques sans voir sa demande d'asile examinée, les autorités bulgares ayant à plusieurs reprises renvoyé vers la Turquie des demandeurs d'asile turcs dans le cadre d'un accord liant ces deux États ;

- il dispose sur le territoire français d'attaches familiales qui le soutiennent dans ses démarches en vue de solliciter l'asile ;

- il souffre de graves problèmes de santé à la suite des mauvais traitements qu'il a subis en Turquie et n'a reçu aucun soin en Bulgarie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise produit les pièces constitutives du dossier de M. B et conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Amazouz en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2023 :

- le rapport de M. Amazouz,

- les observations de Me Grandsire, avocate désignée d'office de M. B, assisté de M. A, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins et soutient, en outre, que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions du 2 de l'article 3 et de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- les observations de M. B,

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 5 février 1991, est entré sur le territoire français où il a sollicité, le 21 juin 2023, son admission au séjour au titre de l'asile. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressé avait présenté préalablement une demande d'asile auprès des autorités bulgares. Les autorités bulgares, saisies le 22 juin 2023, ont accepté, par une décision explicite du 27 juin 2023, de reprendre en charge l'intéressé. Le préfet du Val-d'Oise a alors décidé, par arrêté du 30 octobre 2023, de transférer l'intéressé aux autorités bulgares, responsables de sa demande d'asile. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / () " Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / () ". La faculté laissée aux autorités françaises, par ces dispositions, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement précité, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

3. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraîneraient un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.

4. En l'espèce, si M. B fait état de l'existence de défaillances affectant les conditions d'accueil et de prise en charge des demandeurs d'asile en Bulgarie, ses allégations et les documents versés aux débats, à savoir des articles de presse, des rapports non traduits et des photographies du camp où il aurait résidé, ne permettent pas de tenir pour établi qu'il existe dans cet État membre de l'Union européenne des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, entraînant un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. En outre, les explications du requérant ne suffisent pas à démontrer qu'il aurait fait l'objet de traitements inhumains et dégradants de la part des autorités bulgares et que son transfert en en Bulgarie l'exposerait personnellement au risque de subir de tels traitements dans ce pays. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'en cas de transfert aux autorités bulgares, M. B risquerait d'être renvoyé en Turquie sans voir sa demande d'asile examinée ou qu'il ne serait pas en mesure de faire valoir devant les autorités bulgares, responsables de l'examen de sa demande d'asile et qui ont accepté de le reprendre en charge, tout élément relatif à sa situation personnelle et à la situation qui prévaut dans son pays d'origine, ni que ces autorités n'évalueront pas d'office les risques réels de mauvais traitements auxquels il serait exposé en cas de renvoi. Par ailleurs, alors qu'il ne produit aucune pièce de nature à attester d'une vulnérabilité particulière, il n'est pas démontré qu'il ne pourra pas bénéficier de soins adaptés à son état de santé en Bulgarie. Enfin, le requérant n'établit par aucune pièce les attaches dont il se prévaut sur le territoire français et l'intensité de celles-ci. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations et dispositions précitées.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 16 octobre 2023 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

S. Amazouz Le greffier,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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