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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314598

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314598

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314598
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGALLICA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 31 octobre et 6 décembre 2023, la société publique locale Seine Ouest aménagement, représentée par Me Bodin, demande au juge des référés,

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer l'origine et les causes des désordres qui affectent les 5 bassins d'eau à usage de fontaines se développant le long du mail " Fernand Pouillon " à Meudon (92360) ;

2°) de fixer l'allocation provisionnelle à valoir sur le montant des honoraires et débours de l'expert.

Elle soutient que :

- dans le cadre du projet de l'écoquartier des " Trivaux ", la société JML Consultants Water Feature Design SL et la société Deal Hydraulique ont été désignées respectivement comme maître d'œuvre et prestataire de travaux de fontainerie, la société Urbacité aménagements comme maître d'œuvre des travaux de voieries et réseaux divers (VRD), la société Entreprise spécialisée en arrosage - Esa comme opérateur de maintenance ;

- sa requête est recevable, dès lors qu'elle agit pour son propre compte et non pour la commune de Meudon, alors que les dysfonctionnements des bassins d'eau à usage de fontaines peuvent conduire à l'engagement de sa responsabilité ;

- les travaux de création des bassins ont été réceptionnés le 20 avril 2022 avec réserves;

- plusieurs dysfonctionnements sont apparus, notamment sur les pompes, et ont nécessité plusieurs interventions techniques ;

- en dépit de ces interventions, les désordres persistent et les bassins sont à l'arrêt ;

- une mesure d'expertise est utile alors que les désordres ne sont pas résolus et que les responsabilités ne sont toujours pas établies.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 novembre et 23 novembre 2023, la société JML Consultants Water Feature Design SL, représentée par Me Cadix, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet de la requête pour irrecevabilité ;

2°) à titre subsidiaire, à ce qu'elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise sous réserve qu'elle soit limitée aux seuls désordres allégués ;

3°) à la mise en cause de la société Euromaf, assureur de la société Urbacité aménagements et de la société MMA Iard assurances Mutuelles, assureur de la société Deal Hydraulique.

Elle fait notamment valoir que :

- la société publique locale Seine Ouest aménagement, maître d'ouvrage délégué, ne peut agir pour le compte du maître d'ouvrage sur le fondement de la garantie biennale de bon fonctionnement des éléments d'équipement dissociables ou de la garantie décennale ;

- l'utilité de l'expertise n'est pas avérée et devrait être limitée aux désordres clairement énumérés, à l'exclusion des " craintes de fuite ".

Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2023, la société Urbacité aménagements, représentée par Me Duval-Stalla, ne s'oppose pas à la demande d'expertise et demande la mise en cause de la société Cube 2, ancien maitre d'œuvre des travaux de voirie et réseaux divers dont le contrat a été résilié le 18 octobre 2018.

Elle fait valoir que :

- elle ne s'oppose pas aux opérations d'expertise ;

- la société Cube 2, à laquelle la maîtrise d'œuvre des travaux de voirie et réseaux divers a été initialement attribuée doit être mise en cause.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 décembre 2023 et 7 avril 2024, la société Razel Bec, représentée Me Palès, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet pour irrecevabilité de la requête ;

2°) à la mise hors de cause de la société Razel Bec ;

3°) à titre subsidiaire, aux protestations et réserves d'usage ;

4°) à la mise en cause de la société Euromaf, de la société MMA Iard assurances Mutuelles et de la société Paveco aménagement ;

5°) à ce que les dépens soient réservés.

Elle fait notamment valoir que :

- la société publique locale Seine Ouest aménagement, maître d'ouvrage délégué, ne peut agir pour le compte du maître d'ouvrage sur le fondement de la garantie biennale de bon fonctionnement des éléments d'équipement dissociables ou de la garantie décennale ;

- l'utilité de l'expertise n'est pas établie ;

Par un mémoire en défense enregistré le 2 janvier 2024, la société Deal Hydraulique et la société MMA Iard assurances Mutuelles, représentées par Me Barbier, formulent les protestations et réserves d'usage.

Elles font valoir qu'elles ne s'opposent pas à l'expertise sollicitée.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, la société Vinci construction et la société Eurovia Île-de-France, représentées par Me François, concluent :

1°) à la substitution de la société Vinci construction par sa filiale la société Eurovia Île-de-France, titulaire des lots VRD et assainissement de l'opération de travaux ;

2°) à titre principal, au rejet pour irrecevabilité de la requête ;

3°) à titre subsidiaire, aux protestations et réserves d'usage ;

4°) à la limitation de la mission de l'expert ;

5°) à la mise en cause de la société Paveco aménagement ;

6°) à la réserve des dépens.

Elles font valoir que :

- la société Eurovia Île-de-France était titulaire des lots VRD et assainissement, la société Vinci construction devant être mise hors de cause ;

- la société publique locale Seine Ouest aménagement, maître d'ouvrage délégué, ne peut agir pour le compte du maître d'ouvrage sur le fondement de la garantie biennale de bon fonctionnement des éléments d'équipement dissociables ou de la garantie décennale et l'utilité de l'expertise n'est pas établie ;

- l'expertise doit être limitée aux désordres clairement énumérés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, la commune de Meudon représentée par Me Simonnet, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise et conclut à la recevabilité de la requête.

Elle fait valoir que :

- la société publique locale Seine Ouest aménagement a un intérêt à l'expertise dès lors que cette mesure peut lui permettre d'exonérer sa propre responsabilité contractuelle ;

- la responsabilité ne se limite pas à la responsabilité biennale et à la garantie décennale ;

- l'expertise est utile pour déterminer les causes des désordres et leur imputabilité.

La requête a été communiquée à la société Scate Automation, à la société Entreprise spécialisée en arrosage- Esa, à la société Euromaf, à la société Paveco aménagement et à la société Cube 2 et qui n'ont pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Grenier, première vice-présidente du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la recevabilité de la requête :

1. Il résulte de l'instruction que la commune de Meudon et la société publique locale Seine Ouest aménagement ont conclu une convention de mandat de maitrise d'ouvrage le 29 mai 2017 pour la réalisation des études et le suivi des travaux nécessaire à l'aménagement des espaces publics de la pointe de Trivaux, notamment du nouvel écoquartier des " Trivaux ". Par suite, il résulte de l'instruction que la société publique locale Seine Ouest aménagement, en sa qualité de maître d'ouvrage délégué, est susceptible de voir sa responsabilité contractuelle engagée à l'égard de la commune de Meudon, alors même que l'article 23 de la convention de mandat du 29 mai 2017, s'il prévoit que le mandataire représente le mandant en justice pour toute action contractuelle liée à l'exécution du marché, exclut de cette représentant toute action en responsabilité biennale et décennale. Il suit de là que les fins de non-recevoir opposées par la société JML Consultants Water Feature Design SL, la société Vinci construction, la société Eurovia Île-de-France et la société Razel Bec doivent être écartées.

Sur la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission (). ".

3. L'expertise demandée par la société publique locale Seine Ouest aménagement relative aux désordres affectant les 5 bassins d'eau à usage de fontaines construits le long du mail " Fernand Pouillon " à Meudon présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

4. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la participation aux opérations d'expertise :

5. La mise en cause d'une partie dans une expertise, simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjuge aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties. Il y a donc lieu, de faire participer aux opérations d'expertise la société Razel Bec et la société Eurovia Île-de-France. Il appartiendra, le cas échéant, à l'expert, de demander leur mise hors de cause s'il juge leur présence inutile dans les opérations d'expertise.

6. Il résulte toutefois de l'instruction que la société Vinci construction n'a pas participé aux travaux litigieux et doit, par suite, être mise hors de cause dans le cadre de l'expertise sollicitée.

Sur les dépens :

7. Aux termes de l'article R. 761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ".

8. Il ressort de ces dispositions, que, dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au seul président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de fixer l'allocation provisionnelle, ni de se prononcer sur la réserve des dépens.

O R D O N E :

Article 1er : M. B C, exerçant 36 rue de Moscou à Paris (75008), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se rendre sur les lieux, rue du mail Fernand Pouillon à Meudon (92360) ;

- procéder aux constatations et relevé précis et détaillé des désordres qui affectent les bassins d'agrément en se faisant communiquer ou en recherchant tous éléments qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

- donner un avis sur les causes et origines des désordres et leur date d'apparition ;

- rechercher si des désordres proviennent de la non-conformité aux documents contractuels ou aux règles de l'art ;

- préciser l'imputabilité des désordres ;

- préciser si les désordres ont un caractère évolutif ;

- déterminer l'ampleur et l'étendue des préjudices ;

- indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité des ouvrages et un usage propre à leur destination et en précisant si les travaux réparatoires conduisent à une plus-value pour le maître d'ouvrage ;

- d'une façon générale, recueillir tous éléments techniques et de fait et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis en cas de saisine au fond de la juridiction.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de la société publique locale Seine Ouest aménagement, de la société Razel Bec, de la société Urbacité aménagements, de la société Deal Hydraulique, de la société Scate Automation, de la société JML Consultants Water Feature Design SL, de la société Entreprise spécialisée en arrosage - Esa, de la société Euromaf, de la société MMA Iard assurances Mutuelles, de la société Eurovia Île-de-France, de la société Paveco aménagement, de la commune de Meudon et de la société Cube 2.

Article 4 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 du code de justice administrative, dans les meilleurs délais. Des copies du rapport seront notifiées aux parties intéressées par l'expert et, avec leur accord, par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 5 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignée(s) dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à la société publique locale Seine Ouest aménagement, à la société Vinci construction, à la société Razel Bec, à la société Urbacité aménagements, à la société Deal Hydraulique, à la société Scate Automation, à la société JML Consultants Water Feature Design SL, à la société Entreprise spécialisée en arrosage - Esa, à la société Euromaf, à la société MMA Iard assurances Mutuelles, à la société Eurovia Île-de-France, à la société Paveco aménagement, à la commune de Meudon, à la société Cu 2 et à M. A C, expert.

Fait à Cergy, le 18 octobre 2024.

La juge des référés,

Signé

C. Grenier

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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