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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2314693

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314693

mercredi 15 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantJOURNEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise demande à la juge des référés, saisie en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. A C du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) situé 109, rue Jean Catelas à Persan (Val-d'Oise) ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre afin de débarrasser les lieux des biens et meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour statuer sur sa requête, qui est recevable ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies, dès lors que le maintien dans les lieux de M. C, débouté du droit d'asile et qui refuse pourtant de partir, fait obstacle, dans un contexte de pénurie, à ce que de nouveaux demandeurs d'asile puissent être hébergés et compromet ainsi le fonctionnement normal de ce service d'accueil ;

- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que M. C se maintient illégalement dans son centre HUDA.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 novembre 2023 et le 14 novembre 2023, M. C, représenté par Me Journeau, conclut :

1°) à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) au rejet de la requête ;

3°) à ce que la somme de 1 500 euros à verser à son conseil soit mise à la charge de l'Etat et de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) respectivement, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- son parcours est appuyé par les travailleurs sociaux qui l'accompagnent, alors que l'OFII, qui doit être appelé à la cause, n'a jamais correctement évalué sa situation, au regard notamment de son état de vulnérabilité et de la grave dépression dont il souffre, en méconnaissance des dispositions légales applicables ;

- il a besoin de demeurer dans son centre d'accueil pour poursuivre son traitement psychiatrique, qui caractérise une circonstance exceptionnelle ;

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- la mesure n'apparaît pas utile ;

- elle risque de faire obstacle à une décision administrative, dès lors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a examiné sa situation le 13 novembre 2023.

L'OFII a présenté des observations en défense le 14 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 15 novembre 2023 à 9 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Oriol, juge des référés ;

- les observations de Me Gaudard, substituant Me Journeau, représentant M. C, absent, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens ;

- le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet du Val-d'Oise demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. A C du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) situé 109, rue Jean Catelas à Persan (Val-d'Oise), au besoin avec le concours de la force publique.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et aux délais dans lesquels la juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions du préfet du Val-d'Oise :

4. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code. ". Selon les dispositions de l'article L. 552-2 du même code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. ". Enfin, l'article L. 552-15 du même code dispose que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 552-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La personne hébergée peut solliciter son maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'office français de l'immigration et de l'intégration en application des articles L. 551-11 ou L. 551-13 dans les conditions suivantes : / 1° Lorsqu'elle s'est vue reconnaître la qualité de réfugié ou accorder la protection subsidiaire, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement jusqu'à ce qu'une solution d'hébergement ou de logement soit trouvée, dans la limite de trois mois à compter de la date de fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire () pour lui faciliter l'accès () à une offre d'hébergement ou de logement stable ; cette période peut être prolongée pour une période maximale de trois mois supplémentaires avec l'accord de l'office () ". Selon l'article R. 552-15 du même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / () 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer l'hébergement () / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

6. Enfin, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

7. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

8. Il résulte de l'instruction que M. C, de nationalité afghane, né le 10 avril 1995, a, en tant que demandeur d'asile, bénéficié d'un hébergement au sein du centre HUDA situé 109, rue Jean Catelas à Persan. L'OFPRA a rejeté sa demande d'asile par une décision du 22 mars 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 6 juin 2023. Par suite, le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure M. C, le 31 juin 2023, de quitter l'hébergement qui lui était jusqu'alors accordé dans un délai de huit jours. Cette mise en demeure est restée sans suite. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du certificat établi le 3 août 2023 par le docteur B, psychiatre à l'hôpital Nord-Ouest Val-d'Oise, que M. C présente un syndrome dépressif réactionnel à des traumatismes vécus dans son pays d'origine, où son épouse aurait été assassinée par les talibans, raison pour laquelle il suit un traitement adapté à sa grande fragilité psychique. Il résulte également de l'instruction que M. C est suivi par le service social de son centre d'accueil, où sa référente a remarqué qu'il se scarifiait, mais qu'il n'en avait pas informé l'OFPRA lors du dépôt de sa demande d'asile. Au vu de ces éléments, qui caractérisent une circonstance exceptionnelle, M. C est fondé à soutenir qu'il a besoin de se maintenir dans son centre d'hébergement, où il peut bénéficier d'un accompagnement social et poursuivre le suivi psychiatrique dont il bénéficie dans le Val-d'Oise. Dans ces conditions, et dès lors en outre que l'OFPRA a accepté de réexaminer la demande d'asile de M. C, qu'il a convoqué le 13 novembre 2023, la mesure demandée par le préfet du Val-d'Oise se heurte à une contestation sérieuse. Sa requête présentée sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doit donc être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

9. Il ressort de ce qui a été dit au point 3 de la présente ordonnance que M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Journeau dans les conditions fixées aux articles 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve, d'une part, de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et, d'autre part, que Me Journeau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. En revanche, il n'y a pas lieu de faire succomber à l'instance l'OFII, qui a seulement produit des observations en défense sans être directement partie au litige.

ORDONNE :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête du préfet du Val-d'Oise est rejetée.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à verser à Me Journeau dans les conditions fixées aux articles 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve, d'une part, de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et, d'autre part, que Me Journeau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Les conclusions de M. C sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. A C et à son conseil, Me Journeau.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 15 novembre 2023.

La juge des référés,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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